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Nada Surf : La Maroquinerie, 20 juillet 2010 ( Cooperative music )
Alors que ces derniers temps les concerts de Nada Surf avaient eu tendance à se suivre et se ressembler, les New-Yorkais ont créé la surprise à la Maroquinerie.
Autant l'avouer tout de suite, bien que grand fan historique du groupe, j'avais fini par prendre mes distances avec Nada Surf. La faute au concert de trop, celui de l'Olympia il y a deux ans, et cette propension qu'ils ont à ignorer sur scène les deux premiers albums de leur discographie, les pourtant fondateurs High/Low (1996) et The Proximity Effect (1998), comme s'il s'agissait d'inavouables erreurs de jeunesse. La longue et douloureuse période qui sépare ces deux opus du reste de leur discographie (reprise en 2002 avec Let Go) n'arrange en rien cette mise à l'écart naturelle et accentue les contours de deux ères très distinctes. La seconde ayant vu se succéder trois albums écrits dans un même souffle – Let Go, The Weight is a Gift et Lucky ; souffle qui, malgré la bonne tenue desdits albums, finira malheureusement par ressembler à terme à de la routine. Et lorsque même leur album de reprises (If I Had a Hi-Fi, sorti cette année) finit lui aussi par sonner exactement pareil, c'est là qu'on commence à se dire qu'il y a peut-être un problème. Il fut un temps où Nada Surf remuait les tripes et retournait les têtes comme un Mig enragé dans un meeting d'aviation ; aujourd'hui c'est un vol de ligne Paris-New York en 747…
Malgré le divorce dûment prononcé et les mille promesses qu'on ne m'y reprendra plus, me voilà pourtant à la Maroquinerie pour le deuxième soir de leur mini-résidence parisienne, à vaguement espérer qu'un miracle se produise (fan un jour…). Dans la micro-salle, la chaleur est étouffante mais l'ambiance est au beau fixe. Après une entrée simple mais joviale (le chanteur/guitariste Matthew Caws affiche un grand sourire), le trio entame son set sur l'habituel "High-Speed Soul", accompagné aux claviers d'un quatrième complice qu'on ne remarquera pas tout de suite. Entre "Happy Kid" et "Weightless", on croise en territoire connu avant que la première reprise ne pointe le bout de son nez : "Love Goes On" des Go-Betweens, introduite avec diligence par Caws dans un français presque parfait (lui et le bassiste ont fréquenté le lycée français de New York). Les originaux étant pour la plupart assez méconnus, les reprises extraites de If I Had a Hi-Fi s'insèrent naturellement dans le set comme s'il s'agissait de leurs propres chansons (c'est d'ailleurs un des buts avoués du disque) ; la moins obscure du lot, "Enjoy the Silence" de Depeche Mode, chantée d'une traite, tombe par contre complètement à plat, privée des pauses dramatiques de Dave Gahan qui conféraient à l'originale toute son intensité. Dommage.
Pour le reste, aucune extravagance ne vient troubler l'ordre établi : la set list est en grande partie composée de titres des trois derniers disques, si ce n'est la très calme – et très belle – "80 Windows", seule incursion que les New-Yorkais s'autorisent en temps normal dans leur deuxième album. Annonciatrice à plus d'un titre de l'apaisement qui caractériserait la suite de leur discographie, cette chanson toute en émotion encaisse un discret électrochoc avec l'arrivée d'une jolie trompette en tons de crépuscule (courtoisie du quatrième larron qu'on avait un peu oublié derrière ses claviers : Martin Wenk, trompettiste de Calexico au civil). Une dérivation bienvenue dans un concert jusqu'ici plutôt routinier qui va carrément tourner au déraillement total, lorsqu'un peu plus tard Matthew Caws annonce que suite à la demande d'un fan la veille ils allaient jouer une vieille chanson qu'ils n'ont pas faite depuis longtemps. Le riff distordu de "Firecracker" s'élève alors dans la salle, arrachant à l'assistance incrédule des cris d'hystérie : violent, électrique, catharsis vrombissante à la limite de la psychiatrie, ce single de 1998 représente tout ce que Nada Surf n'est plus aujourd'hui (hélas). L'avoir réduit au silence pendant près de dix ans tenait presque lieu de déclaration d'intention. Galvanisé par cette surprise des plus inattendues, le public portera le groupe jusqu'aux confins du rappel, où, après "Always Love" et un "Popular" encore un peu trop vite expédié, la fête se prolongera sur une version stretch du traditionnel "Blankest Year" et ses nombreux "fuck it" joyeusement repris en chœur.
Après avoir plus ou moins fait le deuil du groupe au terme d'une série de concerts-carbone, j'admets avoir été plus qu'agréablement surpris par leur prestation à la Maroquinerie. Au point même de m'être réconcilié avec certains extraits de l'album Lucky, symptomatique d'un songwriting bloqué sur pilote automatique. Et si Nada Surf nous préparait quelques turbulences pour l'avenir ?
Michael Rochette
Michael Rochette
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