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Placebo : Concert du 24 octobre 2010 au Paris Zénith ( Pias )
Première soirée d'un triptyque Placebesque au Zenith de Paris, et les supporters du trio anglais sont venus en masse pour que leur groupe préféré leur donne la fièvre du samedi soir. Mais avant de s'enflammer, le fan devra patienter avec le combo suédois United, pâle copie du groupe en tête d'affiche. Le chanteur a exactement la même voix que Brian Molko, et les compositions du groupe s'apparentent à des faces T de Placebo. Pas vraiment inspirés, ni très à l'aise sur scène, les United s'en vont avec quelques encouragements, un peu comme le groupe de lycéens qui vient de massacrer des standards sur la place du marché de Massy-Palaiseau pour la fête de la musique. Ils étaient pénibles, mais bon, c'était leur premier concert, ils sont jeunes, on leur pardonne...
Autant dire que le terrain était loin d'être miné pour l'arrivée des australiens d'Expatriate sur la scène, réduite par un grand rideau blanc laissant présager du décor scénique des stars de la soirée. Les compos de leur agréable premier album, In The Midst of This, leur permettent de faire clapper les mains de la fosse sur quasiment chaque intro, et l'ambiance monte autant que la sale se remplit au fur et à mesure du set. Comme d'habitude, c'est lorsque le groupe de première partie annonce sa dernière chanson que les gens se prêtent plus volontiers au jeu. Expatriate en aura sans doute convaincus quelques-uns de venir les voir au Nouveau Casino en décembre.
Au tour des idoles des jeunes, qui sortent l'artillerie lourde pour entamer leur set, avec le grand rideau qui s'effondre, et la « bataille pour le soleil » qui commence. Les premières munitions utilisées sont tirées du dernier opus, avec le single « For What it's Worth », suivi des choeurs espagnols de « Ashtray Heart » et de l'éponyme « Batlle For The Sun ». Si ces nouveaux morceaux sont présentés dans des nouvelles moutures, ce sont surtout les anciens titres qui vont permettre de se rendre compte du travail de réorchestration de Placebo, et surtout de l'apport du nouveau batteur, le jeune et blondinet Steeve, espèce de Travis Barker de son état, tout tatoué sur le recto et à la frappe juste... hallucinante.
La version survitaminée de « Every You Every Me », avec son riff d'intro pour enflammer la foule, fait certes perdre un peu de la substance du morceau original, mais lui confère en tout cas un aspect bien plus rock'n'roll, et le travail de sape exercé sur les fûts est impressionnant. La mèche blonde est envoyée valdinguer sans discontinuer, tandis que le bassiste Stefan fait tomber le haut de son smoking brillant, et multiplie les poses. Parce que le gaillard manipule son instrument de façon très, très, très sexuelle. Plaçant le corps de sa basse au niveau de son entrejambes, il caresse très sensuellement son gros manche et ondule son corps en aguichant les premiers rangs. Comme Alizée, mais en garçon quoi.
Si lui joue avec son public, le petit Brian Molko (qui ne manque pas de tailler son partenaire de talonnettes Nicolas Sarkozy au détour d'un couplet), de son côté, s'en joue. On le sait bilingue, mais il ne se sert pas du tout de cette faculté pour mettre l'ambiance. Il la refroidit même. Déjà que c'était pas non plus la fête aux villages, avec des gros blancs à chaque fin de chanson, le temps de changer systématiquement de guitare, mais alors quand l'arrogant chanteur décide de parler à ses fans, c'est pour les fustiger. Certaines ont osé remuer dans la fosse pendant un concert (supposé) de rock'n'roll ? Mr.Molko s'insurge, exige que ses ouailles cessent sur le champ, et si cette poignée ne s'exécute pas et que la paix n'est pas restaurée à sa cour, alors la représentation s'arrêtera, n'en déplaise à la plèbe, s'interrogeant sur le degrés d'humour de cette réprimande. Mais l'humour, c'est pour les gueux. Alors quand certaines jeunes filles (et garçons) en fleurs appellent leurs idoles depuis le premier rang durant la traditionnelle minute de silence, son altesse sérénissime Molko les raille d'un « C'est bien, vous connaissez mon nom ». Si on rajoute à ça l'absence totale de références/remerciements aux premières parties, ou la non-présentation des musiciens additionnels, on a vite fait de penser que Brian Molko ne doit pas être exactement la rock star à choisir pour passer un week-end d'éclate.
Heureusement que pour compenser sa grosse tête, il sait se servir de ses petits doigts pour composer des bonnes chansons. Alors la foule est ravie quand retentissent les « Special K », « Twenty Years », « Meds » et autres tubes. Le premier rappel de 3 titres s'achève par la musclée « Bitter End », avant qu'un second rappel déjà programmé ne vienne conclure le show, avec notamment une nouvelle chanson baptisée « Trigger Happy », et venant prouver que les fans français de Placebo ne comprennent pas très bien la langue de Shakespeare, le refrain clamant « put your hands in the air » ne fonctionnant que sur quelques dizaines d'attentifs. C'est à « Taste In Men » que revient l'honneur d'achever cette messe. Les chansons étaient jolies, les sermons dénonçaient, mais qu'il faisait froid dans la chapelle du Zenith. Une attitude qui pourrait donner envie aux fans du groupe de rappeler à Molko que « Without us, you are nothing ».
Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix
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