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Queen + Paul Rodgers : Bercy, mercredi 24 septembre 2008
Avoir vu Queen sur scène en 2008… Rien que l’écrire ça fait bizarre. Même si pour des raisons évidentes, l’expérience n’a rien de comparable avec la formation historique, elle valait tout de même le coup d’être tentée (c’est du moins ce qu’ont dû se dire les quelques 10 000 personnes présentes ce soir-là).
Queen, c’est d’abord synonyme de spectacle. Ecran géant, imposante rampe de lights, scène centrale et surtout un son étonnamment bon (surtout avec l’acoustique catastrophique de Bercy)… Le message est clair : on n’est pas là pour tricoter des mitaines. Une logistique impressionnante au service d’une prestation en dents de scie et d’une set list oscillant entre convenu et confidentiel, ponctuée de quelques choix discutables.
Commençons par le cas délicat de Paul Rodgers. Freddie Mercury ayant un mot du médecin, le pauvre bougre se retrouve soir après soir en contrôle continu à une école des fans peu enclins à délivrer des 10. Tâche ingrate que de devoir remplacer au pied levé une des icônes les plus flamboyante de l’histoire du rock en sachant pertinemment qu’il ne trouvera jamais grâce aux yeux d’un public à qui il s’impose – par la force des choses. Conscient de ça, Rodgers prend finalement le parti de s’en foutre et de se réapproprier les classiques du groupe plutôt que s’aventurer sur le registre vocal de son glorieux prédécesseur (ce qu’on lui aurait reproché de toute manière). Malheureusement, en chantre du blues-rock, l’ex chanteur de Free et de Bad Company scande plus qu’il ne chante. Et si l’exercice ne choque pas sur des oldies comme « Fat bottomed girls » ou le furieux « Tie your mother down », on le sent nettement moins à l’aise sur le proto-disco « Another one bites the dust » ou le décalé « I want to break free », reposant tout entiers sur l’exubérance de Mercury. Reste ce « Show must go on » casse-gueule, originellement chant du cygne crépusculaire d’un malade du sida en phase terminale, ici interprété avec la même intensité que s’il avait une tarte au poireaux au four. On aurait préféré qu’ils ne la jouent pas. Les fans auraient compris.
Mal assuré sur les tubes immortels de Queen, Paul Rodgers n’en brillera pas moins sur ses propres compositions, qu’elles soient signées Bad Company (« Feel like makin’ love »), Free (« All right now ») ou bien évidemment en collaboration avec ses nouveaux camarades : le poignant « Say it’s not true » (chanson composée pour la journée mondiale du sida 2007, à l’origine de l’association Queen + Paul Rodgers), « C-Lebrity », rock’n’roll égomaniaque sur la télé réalité, ou bien « Cosmic rockin’ », boogie-woogie interstellaire qui ouvre avec brio leur album commun fraîchement sorti, The Cosmos Rocks.
Plutôt généreux, les papys gratifièrent leur public de plus de deux heures de show électrique, dont les moments les plus mémorables resteront paradoxalement les plus intimes. Comme ce Brian May seul sur la petite scène centrale, interprétant « Love of my life » à la guitare sèche tandis que le public se chargeait – non sans émotion – de la plupart des paroles. Même topo pour « ‘39 », improbable – et unique – chanson folk du répertoire des Anglais, repris avec la même ferveur (en même temps, avec des places entre 56 et 78€, tu peux jouer n’importe quoi en étant à peu près sûr que ça sera repris en choeur). Roger Taylor, le batteur, viendra à son tour cabotiner sur la scène centrale, nous offrant un solo sur une batterie progressivement montée par les roadies et qui débouchera sur « I’m in love with my car », qu’il chantait déjà en 75 sur A Night at the Opera. Plus hermétique, le trip guitar hero où Brian May arrachera pendant quinze bonnes minutes des couinements caractéristiques à sa guitare – ravissant les aficionados de solos interminables, perdant un peu les autres dans l’opération… Enfin, tout le monde se retrouvera dans l’apothéose finale, qui confèrera à Bercy des allures de stade le temps d’un « We will rock you », suivi d’un incontournable « We are the champions ». Quant au salut final, il se fera au son (enregistré) de « God save the Queen » version Brian May, comme de coutume depuis plus de 33 ans…
Michael Rochette
Michael Rochette
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