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Rammstein : Bercy, 9 décembre 2009 ( Universal )
Comment décrire un concert de Rammstein pour qui n'a aucune idée de quoi on parle ? Vous voyez un concert de Carla Bruni ? Bon, ben c'est juste l'inverse. Retour sur l'une des deux dates parisiennes de début décembre…
Avant :
Avant, il y a Combichrist. Si on peine déjà à les prendre au sérieux à cause de leur nom ridicule (mais c'est pas leur faute, ils sont norvégiens), on a encore plus de mal une fois qu'ils ont commencé à "jouer". Au changement de plateau, ambiance décontractée dans l'arène parisienne, avec concours improvisé entre la fosse et les gradins pour celui qui hurlera "ta gueule !" le plus fort. Esprit bon enfant – voire familial – bien éloigné des accusations selon lesquelles Rammstein serait un groupe sympathisant à l'amicale des nostalgiques du IIIème Reich (ils ont même fait la chanson "Links 2 3 4" – "links" signifiant "gauche" – afin de dissiper une bonne fois pour toutes ce genre de malentendu tenace). Quant aux derniers crânes rasés qui s'entêtent encore à fantasmer des sous-entendus crypto-nazis dans les paroles de "Sonne" ("Voilà le soleil, c'est la première étoile de toutes") ou "Mein Herz brennt" ("Mon cœur brûle"), on leur souhaite bien du courage pour l'oral d'Allemand au bac à la fin de l'année…
Pendant :
Quand on va voir Rammstein, on sait qu'on va en prendre plein la gueule. Fort heureusement, de leur côté les Teutons ne sont pas non plus là pour vendre des gaufres. Après une arrivée fracassante, le sextet assène d'entrée de jeu le nouveau "Rammlied", ultime pilonnage métallique basé sur quatre riffs de tronçonneuse et première occasion pour le public de scander en chœur "Ramm-(wait for it)-stein", harangué par un Till Lindemann qui chante avec une sorte de boule lumineuse au fond de la bouche. Le ton est donné et nous voilà rassurés : la tournée acoustique, c'est pas encore pour cette fois. À la suite de "Rammlied", "Bückstabü" et l'énorme "Waidmanns Heil" viennent compléter la trilogie "dernier album" avant que ne leur succède une première salve de classiques assassins : "Keine Lust", "Weißes Fleisch" et "Feuer Frei", qui se terminera avec le chanteur et les deux guitaristes masqués de leurs lance-flammes faciaux. Sur "Wiener Blut", des poupées pendues arrosent Bercy de lasers avant de tomber comme des mouches (non mais où vont-il chercher ça ?!?). Et c'est le sol toujours jonché de ces cadavres en plastique que s'exécutera un "Frühling in Paris" de circonstance – d'ailleurs, est-ce qu'ils la jouent ailleurs ?
Arrivé à mi-chemin du concert, le dernier rideau en fond de scène tombe enfin pour dévoiler un décor industriel où vont se balader des ventilos géants et/ou des symboles lumineux au gré des morceaux. Encore extrait du dernier album, "Ich tu dir weh" sera l'occasion d'une belle mise en scène où le clavier, Flake, se retrouve coincé dans une baignoire en fonte dans laquelle Till déverse une pluie de feu en équilibre sur une petite plate-forme à quelques dix mètres de hauteur (il en ressortira tout guilleret, revêtu d'un nouveau costume brillant). Un peu plus tard, le chanteur mettra aussi le feu à un mec sur scène à coup de lance-flamme sur "Benzin" (normal, quoi). Juste avant le rappel, Rammstein vide sur Bercy un barillet complet de tubes à bout portant : "Links 2 3 4", "Du Hast" et le nouveau "Pussy", pendant lequel Till, à cheval sur un canon en forme de sexe géant, arrosera de mousse les premiers rangs (tout en finesse, donc). Le rappel ne sera pas en reste et enquillera sans sourciller "Sonne", "Haifisch" et "Ich Will", pour terminer sur un "Engel" d'anthologie où Till déploiera des ailes d'argent dissimulant (encore) deux lance-flammes à leurs extrémités…
Après :
Après s'être fait copieusement raboter les cinq sens pendant près de deux heures, on sort de Bercy en titubant à la recherche de la première clinique suisse pour se faire euthanasier ; les cervicales en Rubik's Cub, des acouphènes de Boeing 747 et des tympans dont ne voudrait même plus un trafiquant d'organes brésilien. Bref, c'était bien. Quant à savoir d'où vient cette tendance monomaniaque à la pyrotechnie outrancière, le chanteur a expliqué un jour qu'elle lui servait à dissimuler sa timidité. Ça doit promettre, un rancard Meetic avec lui…
Michael Rochette
Michael Rochette
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