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Raphaël : Francofolies 2009 ( EMI )
Les Francofolies en fait, c’est un peu comme la fête de la musique en plus grand. Il y a des groupes qui jouent sur tous les trottoirs, des artistes de rue qui se produisent partout dans le port, des hippies qui fument des joints et des crusts bourrés qui promènent leurs chiens. Au milieu de tout ce petit monde qui peuple La Rochelle, il y a le public du festival, très familial, et branché variété française. Et au niveau programmation, il est gâté.
Pourtant tout cela manque de sueur (il fait gris, le soleil n’est plus là pour aider), de rock’n’roll, de moments uniques, de Woodtsock. Bref, de couilles. La preuve, les sets les plus rocks de la Grande Scène ont été donnés par Julien Doré et Olivia Ruiz, voire Tryo (dans une autre catégorie tout de même). Toute cette variété qui se succède fait naître une espèce de torpeur, alors qu’en France, et pour les 25 ans du festival, il y avait tout de même quelques groupes qui auraient pu mettre une ambiance bien plus électrique dans La Rochelle. Où sont passés les Dyonisos, Wampas, Louise Attaque, Fatals Picards ou même Noir Désir (oui bon ok, eux ça aurait été dur de les avoir, mais cela aurait quand même eu une autre gueule que Renan Luce quand même, non ?). Ou même Indochine ? Enfin, des groupes fédérateurs avec suffisamment de bons refrains pour faire chanter des milliers de spectateurs plutôt que de les faire tomber en dépression ! A croire que pour assurer le succès de l’édition, les artistes ont été choisis pour leur nombre de passages radios. Et ce au détriment de l’ambiance…
Alors on se coltine l’épiphénomène Grégoire, qui a le droit à son lot d’adolescentes gémissant au premier rang, puis Emilie Loizeau et Thomas Fersen prennent en otage la grande scène de Saint-Jean D’Acre et son public, qui n’a pas eu la chance de s’extirper pour aller voir Yvan Le Bolloc’h et Ma Guitare S’appelle Reviens. Moins de monde que la veille, mais une jolie affluence tout de même pour la prestation de Raphaël, qui décide que l’ambiance n’est pas encore assez molle et lance donc son concert par une version de « Dans 150 Ans » dépouillée, quasiment a capella, et donc au rendu encore plus triste. Il y a une entreprise de nœuds coulants qui sponsorise le festival ou quoi ?
Heureusement derrière, le chanteur à la gueule d’ange va surprendre son monde. Peut-être grâce à l’alcool (il réclame du champagne, et si c’est bien ce qui lui a été servi, il s’en est enquillé pas mal), le voici tout désinhibé, parcourant la scène en se penchant en avant, vivant ses chansons, faisant réagir le foule, et blaguant même, entre les chansons, voire pendant, comme c’est le cas avec une berceuse russe qu’il chante à son fils âgé d’un an. Une chanson qui parle d’un père envoyé au bagne et autres gaietés, pas étonnant que les gens soient un peu surpris. Ce qui surprend encore plus, et sans doute parce que jusqu’ici on a pas été gâté à ce niveau-là, c’est la diction du chanteur. On comprend ce qu’il chante ! Ca change des Arthur H ou Jane Birkin et tant mieux, après tout quel intérêt de faire de la chanson française si on comprend aussi bien les paroles que l’hymne estonien ?
Même les fans du chanteur ne semblent pas le reconnaître. C’est que son activité scénique tranche avec l’image si lisse, propre et fragile qu’il peut avoir. Là il crie, tient le show sur ses épaules finalement pas si fragiles que ça, et offre de nouvelles moutures de ses chansons (« Ne Partons Pas Fâchés ») qui les rendent bien éloignées de la formule aseptisée que l’on supposait qu’elles appliquaient. En restant seul avec sa guitare sur scène pendant 3 chansons, il parvient même à offrir un moment d’intimité devant 10 000 personnes. Des remerciements pour tous les excellents musiciens groupe qui l’accompagne, et le voilà qui s’en va, après avoir visiblement pris son pied (la réaction du public qui fait les chœurs pour « Sur La Route »). Une bonne petite surprise. Ca ne nous rendra pas Bashung, c’est sûr, mais ça honorera plus sa mémoire que la tête d’affiche du soir, un certain Renan Luce. Pendant que ce dernier sert sa soupe populaire, The Fitzcarraldo Sessions livrent un concert d’une belle intensité émotionnelle devant quelques 300 personnes sur la scène Not Ze Francos. Les absents ont toujours tort. Et le tort tue. Mais après tout, on ne donne pas de confiture à des cochons…
Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix
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