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Raphaël - Tracy Chapman : Les vieilles charrues 2006 ( EMI )
Cette année, deux artistes se sont donnés la main pour endormir le public des Vieilles charrues. La recette est simple : proposer des set list composées uniquement des chansons les plus lentes de leur répertoire respectif auquel on ajoute des interprétations nonchalantes. Le résultat est à la hauteur des espoirs de Raphaël et Tracy : on s'est bien fait chier.
Mais qu'est ce qu'on a pu dire à Raphaël au sujet des spectateurs des Vieilles charrues ? Ok, c'est un public exubérant et souvent très aviné grâce au pichet de bière à 14 euros ou l'autorisation de rentrer sur le site avec des bouteilles d'eau ne contenant pas forcément la boisson d'origine. Ce sont aussi souvent des spectateurs déguisés à outrance et capables de sauter dans tous les sens devant un concert de Julien Clerc comme devant Placebo, bref un public de bons vivants qui n'a pas vraiment envie de se prendre la tête. Cela aurait-il fait peur à notre parisien habitué aux hurlements très sages de filles post pubères ? A t-il voulu du coup anesthésier nos joyeux lurons? En tout cas une chose est certaine, les chansons qu'il a chantées aujourd'hui sont les plus lentes de son répertoire. Et pour un festival, ça ne le fait pas.Il est vrai qu'en arrivant sur la scène, nous avons bien compris que le Raphaël s'était pris une bonne claque devant la présence des dizaines de milliers de personnes qui se sont amassées devant lui. C'est clair, cela doit impressionner. Il est vrai aussi qu'avec le succès incroyable de son dernier album, le blondinet s'est retrouvé d'un coup propulsé des premières parties de Jean Louis Aubert aux plus grosses scènes françaises. Et tenir une telle foule, c'est un métier qui ne s'improvise pas, nous sommes d'accords. Alors voici un ou deux conseils pour celui qui est si fort pour expliquer sur scène habituellement ce que doit faire un chanteur proooofesionnel :- prendre des cours auprès de ses aînés, experts en animations en tout genre. On peut recommander Mathias des Dionysos qui va sûrement conseiller de prendre des musiciens qui ont la patate ou alors Cali pour les pratiques simultanées de musique/aérobic/saut de l'ange. Fait attention Raphaël au cours de slam, et traversé de salles en crawl, vu ton public, le viol collectif t'attend.- Savoir changer la set list en fonction de l'endroit où l'on joue. Ben oui, jouer devant un parterre de fans hystériques qui ont payé assez cher une place pour chanter à tue tête le moindre inédit, ce n'est pas pareil que de se retrouver devant une foule qui ne connaît pas forcément tout le répertoire par cœur et venu voir prioritairement les têtes d'affiches, Placebo ou les Pixies (voir Johnny...) pour ce qui est du festival qui nous intéresse aujourd'hui.Bref, on mettra sur le compte du manque d'expérience ce concert très mou du genoux rattrapé quand même par des moments magiques : la reprise incroyable d'une chanson d'Arcade fire, les milliers de gens reprenant ensemble les « nananas » de Sur la route et autres « mememe » de Caravane ou le visage visiblement ému du chanteur de se retrouver là, devant une telle foule éprouvant une certaine tendresse pour lui. C'est vrai que tout le monde l'aime bien quand même, le Raphaël...Par contre le manque d'expérience, Tracy Chapman, n'en manque pas. Voici une artiste qui s'est fait connaître dans les années 80 avec un seul tube. A part les fans, qui connaît le reste ? Bien sûr, la chanteuse compose de très jolies chansons dans la plus belle des dentelles folk. C'est sympa chez soi pour une soirée cocooning, mais devant une foule venue voir en priorité les Pixies... Ce n'est pas top. Nous avons eu droit donc pendant une heure à l'attente polie du public de ce fameux « Talkin' bout a revolution ». C'est déjà assez triste. Mais si on ajoute à cela une attitude de la chanteuse particulièrement puante, comble pour une chanteuse qui chante l'amour de son prochain : pas un bonjour, pas un merci entre les chansons, en fait pas une parole au public. Niveau convivialité et partage avec le public on repassera, Tracy Chapman fait passer Brian Molko de Placebo pour « Mr Guilleret ». Bref, pour faire court et passer à autre chose on ne peut que paraphraser les paroles d'une jeune fille blonde, assise en tailleur, la tête dans les mains : « Mais qu'est ce que l'on s'emmerde... ».
Frédéric Fahy
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