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Skunk Anansie : Rock en Seine 2010, Vendredi 27 août
Fraîchement reformé l'année dernière à l'occasion d'un best of, Skunk Anansie était la première tête d'affiche sérieuse de l'édition 2010 de Rock en Seine.
Les années 90 : "si loin, si proche" (titre d'un film de Wim Wenders réalisé en… ah ben tiens… 1993). Alors que notre beau pays semble fermement décidé à faire durer l'honni revival 80's jusqu'à la nausée, on oublie un peu vite que la plupart des artistes considérés comme "majeurs" aujourd'hui ont entamé leurs brillantes carrières dans les 90's, c'est-à-dire il y a entre dix et quinze ans. Et oui, déjà. Fruit de ce constat ou brillante coïncidence, toujours est-il que Rock en Seine n'en finit plus de proposer à ses festivaliers des plateaux all-stars dont l'ado que j'étais en 1996 n'oserait même pas rêver. Rien qu'en 2010, on aura eu droit à Blink-182, Cypress Hill, Massive Attack, Underworld, Eels, Stereophonics (et si on voulait être pointilleux, on rajouterait même les Queens of the Stone Age, formés en 1996 mais qui attendront toutefois les années 2000 pour toucher un large public). Au milieu de ces indiscutables références dans leurs domaines respectifs, Skunk Anansie fait pourtant figure de cas particulier. Du quatuor anglais, les Français n'ont retenu à l'époque que les "ballades" extraites de l'album Stoosh, et plus particulièrement "Hedonism" (vous savez, celle qui fait "just because you feel gooooooooooooood") – alors même que de l'autre côté de la Manche, on célébrait Skunk Anansie comme de véritables héros rock nationaux.
Pas étonnant qu'une décennie et demie plus tard, plus d'un festivalier ait été surpris en voyant débarquer sur la Grande Scène un groupe de… rock ! Et un bon, en plus. Mené par la tornade d'ébène Skin, les Anglais ont repris les affaires exactement là où ils avaient laissées en 2001 : un rock abrasif et un sens de la mélodie vénéneux dominés par les rugissements absolument intacts de la chanteuse. Skin, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, fidèle à sa réputation de frontwoman ultime, a porté toute la foule de St Cloud à bout de bras sur la petite heure qu'a duré sa prestation, ne s'octroyant aucun répit avant que la dernière note n'ait définitivement rendu l'âme dans les enceintes. Sautant, dansant, courant, hurlant et – clou du spectacle – marchant sur le public pour se tenir debout en plein milieu de la fosse, la chanteuse n'a décidément pas volé son surnom de "panthère". D'ailleurs, lorsque Skin est en représentation, ses musiciens sont automatiquement relégués au rang de figurants – position ô combien ingrate puisque c'est tout de même d'eux qu'émanent ces tubes qui construisirent la légende de Skunk Anansie. Du "Selling Jesus", qui ouvre traditionnellement les hostilités, à "Weak" en passant par "Charlie Big Potato", "I can dream" et évidemment le très attendu "Hedonism" (que Skin nous dédicacera), le groupe affichera un parcours sans faute, si ce n'est l'absence tenace de "Brazen (Weep)", autre single extrait de Stoosh qui ne connaît ces temps-ci que rarement les honneurs de la scène. Ils nous avaient déjà fait le même coup au début de l'été à Bilbao.
Pour autant, pas question de sombrer dans la nostalgie pure et dure puisque derrière le best of sorti à l'automne dernier (qui comportait déjà trois inédits) se profile un nouvel album, Wonderlustre, annoncé pour le 13 septembre prochain outre-Manche. Les quelques extraits auxquels on aura droit ce soir-là, comme ces "My Ugly Boy" ou "God Only Knows" joués pour la première fois sur le sol français, attestent de l'excellente forme du quatuor, et ce plus de onze ans après leur dernière livraison studio. Et même si le public de Rock en Seine n'avait pas forcément conscience d'assister à la renaissance d'un véritable phénomène, l'énergie dégagée par la team Skin suffira à remporter son adhésion inconditionnelle à la cause. Les jeunes suent. Les moins jeunes sourient. La suite, vite.
Michael Rochette
Photo : Nicolas Joubard
Michael Rochette
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