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Stinky Toys, The Jam, The Police, Wayne County et Generation X : Palais des Glaces, 28 mars 1977 ( Universal )
En ce début 1977, le mot "punk" est déjà sur toutes les lèvres. Et provoque une bataille des anciens et des modernes. Pour le principe. Car en pratique, on n'a encore rien entendu, à part les premiers albums des Ramones et des Damned. Même le premier festival punk de Mont-de-Marsan, l'été précédent, avait essentiellement programmé du pub-rock.
Mais cette fois, Marc Zermati, l'activiste tenancier de l'Open Market, la boutique où se retrouve tout l'underground rock parisien, ne trompe pas sur la marchandise. L'organisation a beau être un peu bordélique - la sono, prêtée par Shakin' Street, arrive deux heures après l'heure prévue, et le son est cradingue -, peu importe. Cela semble surtout énerver un lad aux cheveux gris, un certain John Weller, qui manage son fils, et un blondinet péroxydé qui semble avoir 16 ans. Les Stinky Toys, en régionaux de l'étape, s'y collent les premiers. Avoir décroché la une du Melody Maker et de jolies gueules, surtout Elli et Jacno, leaders de la bande, ne suffit pas pour convaincre. Leur prestation sent l'amateurisme, Elli Medeiros piaille trop haut, et ils ne s'en sortent à peu près qu'en reprenant "Under My Thumb" des Stones, "Hang On To Yourself" de Bowie et "Substitute" des Who.
Encore strictement inconnus, les Jam abordent la scène avec une énergie conquérante. Et surprennent leur monde. Alors qu'on attend des punks qu'ils portent des t-shirts rafistolés avec des épingles à nourrice et des cheveux hérissés, eux s'affichent en costumes noirs de mohair et coupes de cheveux strictes, rebondissant comme des pois sauteurs. S'il est encore trop tôt pour deviner que Paul Weller sera l'un des grands songwriters de sa génération, malgré un "In The City" très accrocheur, on sent déjà son attachement aux valeurs mod : "So Sad About Us" des Who et le classique soul "Land Of Thousand Dances" ne figurent pas par hasard à leur répertoire, de même que "Slow Down" de Carl Perkins, déjà repris par les Beatles, et "Route 66".
Après cela, Police - annoncé comme backing-band de Cherry Vanilla, l'ex-attachée de presse de Bowie, forfait - fait pâle figure. Le bassiste/chanteur, un certain Sting, a une voix correcte, mais porte des jeans pattes d'eph', pas très crédible. Le guitariste, un Corse nommé Henri Padovani, ne parvient pas à secouer l'indifférence du public en l'interpellant en français. Il faut dire que le batteur Stewart Copeland, auteur de l'essentiel du répertoire, ne lésine pas sur les clichés en intitulant leurs chansons "Kids To Blame", "Dead End Job" ou "Nothin' Achieving". C'est finalement leur cover du "It's My Life" des Animals qui passe le mieux.
Le clou de la soirée se nomme Wayne County. Le travelo new-yorkais (qui changera de sexe quelques années plus tard, se faisant désormais appeler Jayne) en rajoute dans le trash et sape les valeurs du bon goût, en finissant quasiment nu et en saccageant goulûment "The Last Time" des Stones en compagnie de Lenny Kaye, le guitariste de Patti Smith et compilateur du fameux Nuggets, la bible sonore du garage-punk sixties. Le mot d'ordre de Wayne ? "If You Don't Wanna Fuck Me, Fuck Off". Autant dire qu'on était content de faire un tour du côté sauvage avec lui, du côté du "Max's Kansas City", le sulfureux club new-yorkais dont il s'est fait le chantre...
Alors que passe le dernier métro monte enfin sur scène Generation X. Leur chanteur ? Le jeune péroxydé qu'on n'a cessé d'observer dans la salle, et qui s'est baptisé avec insolence Billy Idol. Il est vrai qu'avec sa gueule d'ange, on imagine bien qu'il puisse devenir une star. Surtout que le punk, dans l'option pop/metal que propose son groupe, avec refrains accrocheurs et solos de guitare tranchants comme des coups de poignard, est bien séduisant.
Alors que la nuit est déjà bien avancée, le doute n'est plus permis : le punk n'est pas qu'un coup médiatique, mais bien la promesse de nouvelles soirées excitantes comme celle-ci. Les grandes démonstrations de virtuosité du rock progressif ont pris un sacré coup de vieux. C'est le retour de la jeunesse et de la spontanéité. Et la promesse de nombreuses autres révélations.
Thierry Chatain
Thierry Chatain
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