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Stupeflip : Le Bataclan, 3 mai 2011
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Stupeflip : Le Bataclan, 3 mai 2011

3 et 4 mai (calendrier terrien) : après avoir unifié les régions, le Crou fondait sur la capitale. L'invasion continue.

Il y a deux mois sortait le troisième album de Stupeflip, The Hypnoflip Invasion. Un disque brillant de bout en bout, hybride foutraque de rock, rap, électro et variétoche bubble-gum rappelant les pires heures des 80's - inspiration revendiquée : "La Chanson de Kiki" – et nouvelle extension de la Stup-mythologie, qui gagne de nouveaux lieux, personnages, rites, groupuscules, et même une station de radio (72.8 Mhz – conformément à la numérologie Stupeflip autour du chiffre [19]72). Une aubaine pour les fans qui pourront reprendre à leur compte les nombreuses phrases cultes et les réciter comme on psalmodie : c'est-à-dire bêtement en chœur. C'est peut-être en ça que la créature de Julien Barthélémy a fini par lui échapper : Le Crou s'est tellement implanté dans l'imaginaire de ses fans qu'il possède un lexique, une grammaire, voire une géographie propres dont l'expansion frôle désormais la dégénérescence. En un mot, King Ju peut bien dire n'importe quoi, ça devient instantanément culte (au sens premier du terme, c'est-à-dire religieux). Le tout évidemment au mépris de la minutie avec laquelle Julien Barthélémy peaufine les géniales toiles sonores qui habillent l'ensemble. Alors, Stupeflip, de la confiture aux cochons ?

Mus par un hyper-premier degré qu'on ne retrouve qu'aux marges extrêmes des idolâtries ordinaires, les fan(atique)s massés dans le Bataclan ne tolèreront d'ailleurs rien d'autre que Stupeflip. Et certainement pas la première partie, le dénommé Schöne Connerie, rappeur quadra aux cheveux blancs habillé en banquier, jeté en pâture aux fans enragés qui passeront tout son set à le huer et lui jeter tout ce qui leur tombe sous la main alors que c'était prodigieusement hilarant (rien que le nom, quoi…). Ou alors c'est le fait de voir les fans du Stup contrariés qui est hilarant. Dans tous les cas, le gars a pris un malin plaisir à faire traîner, le plus vicieux c'est qu'il a dû le faire avec la bénédiction de la tête d'affiche. Inversement, la dévotion avec laquelle les fans réciteront plus tard au mot près (jusqu'aux différents textes d'introductions ou la célèbre tirade de Cadillac sur Casimir) fera parfois froid dans le dos.

Quand on sait que le live a toujours été la bête noire de Julien Barthélémy (qui préfère de loin écouter tranquille dans sa chambre le résultat de petits bouts de trucs qu'il a assemblés ensemble), on ne peut qu'applaudir l'effort : on a droit à une vraie mise en scène, avec projections, costumes, défilé des alter-egos (King Ju, Cadillac, MC Salo et Pop-Hip dans leurs différentes incarnations) et un vague arc narratif menant à l'exécution sommaire – spoiler alert ! – de Pop-Hip. Les interludes sont nombreux, les interventions pas toujours bien maîtrisées (mais ça, ça fait partie de l'expérience), et le rythme du concert totalement cahotant, chaque temps mort offrant surtout au public une occasion de beugler un peu plus fort – couvrant au passage le son des projections. Hélas, c'est au niveau musique que ça pêche : avec des arrangements ultra-simplifiés pour claviers-guitare-platines, on perd une partie de l'expérience musicale sans forcément s'y retrouver au niveau de l'énergie (avec l'hymne éponyme "Stupeflip" particulièrement mollasson – un comble au vu de l'originale !). Ce sera finalement l'épisode Pop-Hip qui s'en sortira le mieux, avec trois hymnes bien nerveux enchaînés coup sur coup : "Je fume pu d'shit" (une nouvelle nouvelle version rock), "Gaëlle" et "Pop-Hip's Revenge". Plus hip-hop dans l'âme (= juste les platines), le "Spleen des Petits", "Apocalypse 894" et "Stupeflip Vite !!!" s'en tireront aussi avec les honneurs. Le seul rappel concédé comptera uniquement le très attendu "À bas la hiérarchie".

Le vrai problème, c'est que c'est beaucoup trop court ! Une heure quinze au chrono, dont presque un tiers dédié aux (indispensables) interventions et interludes divers, c'est même pas une douzaine de chansons jouées au final. Pour qu'elle fonctionne vraiment – et sous réserve que le public prête un peu plus attention plutôt que gueuler des slogans pour meubler la moindre nanoseconde de silence – une telle installation demanderait deux bonnes heures pour se déployer correctement. C'est vraiment dommage quand on a un tel potentiel dramatique de l'exploiter si peu. Si dans la logique bancale qui lui est propre, le concert était tout de même très bien, avec une poignée de chansons supplémentaires il aurait été épique.

La date annoncée pour novembre prochain à l'Olympia sera-t-elle l'occasion de rembourrer un peu le show ?

Michael Rochette

Michael Rochette


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