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The Vaccines: Nouveau Casino (Paris), 9 mars 2011
Le nouveau meilleur groupe du monde de la semaine en Angleterre était en opération séduction à Paris.
La presse musicale britannique est sur les dents. L'année 2010 a été particulièrement pauvre en groupes "à guitares" excitants, et pour des périodiques habitués à sacrer plus vite que leur ombre de nouveaux salvateurs de la cause rock, on peut dire la pénurie fut rude. C'est dire si les espoirs placés sur les Vaccines pèsent lourd sur les épaules des Londoniens - qui n'en demandaient pas tant. Proclamés "meilleur groupe de l'année 2011" dès décembre 2010 sur la foi d'une démo prometteuse, "If you wanna", et d'un premier single fondateur, "Wreckin' Bar (Ra Ra Ra)", les Vaccines s'apprêtent à négocier avec intelligence la sortie de leur premier album. Comment ? En la jouant au maximum profil bas, histoire de parer quelques balles un peu trop enthousiastes et désamorcer des attentes tellement surgonflées qu'ils finiraient forcément par les décevoir. À l'image des Arctics Monkeys – victimes en leur temps de cette vague d'auto-combustions spontanées chez les rock-critics d'outre-Manche – qui avaient intitulé leur premier album "Quoi que les gens disent que je suis, c'est ce que je ne suis pas", les Vaccines esquivent malicieusement en appelant le leur "Qu'attendiez-vous des Vaccines ? (au juste)". Pas con. D'autant que plus qu'une excuse en cas (très improbable) d'échec, ce titre appelle surtout à se reconcentrer sur ce qui est vraiment important – et dans le cas qui nous intéresse, bon : la musique. Nouveau Casino, Paris, le 9 mars 2011 : 300 entrées – dont dix payantes. Le tout-Paris du microcosme musical a fait le déplacement, certains par sincère curiosité pour ces petits angliches qui défraient la chronique, d'autres pour s'assurer une publication sur Facebook d'un statut du genre "j'étais là où il fallait être". Même la première partie n'en revient pas d'être là, et nous le fait savoir entre deux salves de distorsions arythmiques (ils vont par le nom de Young Man, si ça intéresse quelqu'un). Vient enfin le moment tant attendu. On nous a prévenus qu'ils joueraient très fort, on devait naviguer au final entre 5 et 10db en dessous des limitations légales. Juste de quoi rendre l'immersion moins immédiate, mais pas assez pour détourner l'attention du principal : avec une entrée sur "Wreckin' Bar (Ra Ra Ra)", les Vaccines étalent leur manifeste et expédient thèse-anthithèse-synthèse en 1'24". 33 minutes et 36 secondes plus tard, ils scellaient définitivement le débat sur une reprise des relativement obscurs Standells (dont ils auraient bien pu braquer tout le répertoire sans que personne ne percute). Pas de rappel, pas de prisonniers. Entre les deux, une douzaine de chansons rarement chronométrées au-dessus de trois minutes, doses concentrées de songwriting pop vicieux dont le ratio d'efficacité frôle avec insolence les 100%. Le secret des Vaccines ? Comme toute cette génération de gamins salement doués : ne rien inventer, mais avec génie. Disséquez leurs influences et vous trouverez derrière la façade pop-chamallow 50's du Strokes, du Pixies, du Smiths, du Arctic Monkeys, du Killers, etc. La liste est longue et les mélanges assez subtils pour les hisser au-dessus des habituels laborantins de garage. Au terme de ces 35 minutes bien serrées, le verdict est sans appel : les Vaccines savent écrire de sacrées bonnes chansons. Un holdp-up en règle de la mémoire immédiate qui vous laissera dans le cortex les empreintes durables de "If you wanna", "Post Break-Up Sex", "Norgaard" ou le lascif "Wetsuit" et ses imparables "oh oh ah ah" en caramel mou. Il faudrait juste qu'ils jouent un peu plus longtemps la prochaine fois parce qu'à ce dosage, les crises de manque à la fin des concerts risquent de rapidement empirer. Alors ? Les Vaccines sont-ils bons ? Oui, sans le moindre doute. Et sur la foi de ce qu'on a entendu ce soir-là, on peut effectivement déjà donner rendez-vous à "What did you expect from the Vaccines?" dans les divers tops récapitulatifs qui tapisseront la fin d'année. Quant à savoir s'ils seront les sauveurs que le rock anglais n'en finit pas d'attendre ? Peut-être pas. Mais la question n'a pas l'air de les empêcher de dormir. Et franchement, nous non plus.
Michael Rochette
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