|
Vincent Delerm : Francofolies 2009 ( Tôt ou Tard )
La peur et le dégoût en tête, cap sur La Rochelle pour l’édition anniversaire des 25 ans des Francofolies, le festival franco-français aussi chauvin que Thierry Roland et Laurent Gerra. Il fait super beau, on a presque les pieds dans l’eau, et je pars pour percer un des grands mystères de la culture française : pourquoi tant de tristesse, de larmes, d’élitisme affiché, de pseudo-poésie et de masturbation intellectuelle ?
Petit passage par la scène principale où les organisateurs chauffent la foule en présentant à la foule les deux seules personnes supposées avoir faits les 25 ans du festival. Jane Birkin arrive sur scène, et la blague fuse dans le public: « elle aussi ça fait 25 ans qu’elle est là, même 50 ». L’anglaise vient murmurer dans son micro, perdue dans son costume trop grand, cravate défaite, une main dans la poche. Autant d’allure qu’une chaussette, et autant de voix que Zazie. Quelques applaudissements timides , sans doute pour honorer la mémoire du Serge qui a fait trempette dans la chanteuse au timbre de kleenex, et une version revisitée de « Sous Le Soleil Exactement » me confirme qu’il est l’heure de se restaurer.
Le journaliste rock d’investigation n’a peur de rien. Même pas de manger un « kebab mexicain ». (c’est un festival, les intestins vont être mis à contribution). Et encore moins d’aller voir Vincent Delerm. Le jeune vieux est venu soigner sa pharyngite dans le théâtre, et ma foi, c’est une bonne idée. Au moment où je débarque dans l’enceinte, il est en train de raconter le déroulement d’un dîner au festival de Cabourg. Il fait des blagues, les gens rigolent. Jamel Debouzze l’a recruté dans son Comedy Club ou quoi ? En tout cas le gars est sur scène comme à la maison, en décontraction totale. Il blague, fait réagir un public tout acquis à sa cause, et se permet de nombreuses interruptions, à grands renforts d’effets stylistiques théâtraux, ou même de coupure « publicités des années 80 » sur fond de distribution de bonbons Michoko.
Deux musiciens additionnels apportent énormément à la musicalité du gaillard, qui n’est pas en reste sur son piano. Ca il sait jouer, pas de soucis. Il semble même s’amuser à le faire. Mais quand il chante, c’est une autre histoire. Sa voix monocorde traîne et dégaine toujours la même rengaine. Mais on peut le comprendre. En effet , comment rentrer à fond dans des chansons qui parlent du train-train quotidien ? Car c’est de là qu’il tient son inspiration. C’est bien simple, le gars si un matin il se lève et qu’il ne trouve pas sa charentaise gauche au pied du lit, il va t’en faire une chanson ! Voire même un album ! Mais son allure nonchalante et sa non-motivation naturelle nourrissent la caractérisation du personnage qu’il s’est façonné pour la scène.
Il joue avec son public, comme au moment de lancer le classique « Tes Parents ». L’audience chante la version traditionnelle, lui la reprend avec de nouvelles paroles. Les gens rigolent, puis décident de taper dans les mains pour marquer le rythme. Du moins ils essaient… Un enfant rigole dans le public, le chanteur bourgeois-bohème réagit : « c’est tarif réduit pour les jeunes ? ». « Les Filles De 1973 » vient achever le set de la même manière qu’il s’est déroulé : en mettant à contribution l’assistance. Les gens font les chœurs, et le final devient une véritable étude sociologique, le blasé de la vie demandant aux gens de chanter selon leur appartenance à une certaine tranche d’âge ou une catégorie socio-professionnelle. Ce qui nous permet d’apprendre que beaucoup, beaucoup, beaucoup de profs sont fans de Vincent Delerm. Et que la majorité de son public n’est pas née après 1980. En ça, ils se sont bien trouvés. Après tout, il parle encore de magnétoscope dans ses chansons.
Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix
|