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Wu Lyf: Rock en Seine 2011, Paris
C'était la grosse attente du week-end. Peut-être derrière Miles Kane. Mais dans la catégorie « concert le plus attendu d'un petit groupe », la prestation de WU LYF était attendue au tournant. Ou plutôt à l'entrée. Pour la première fois Rock En Seine , quatre scènes ont été installées. La petite dernière est celle baptisée Pression Live, de la boîte du même nom, aux couleurs de Kronembourg pour le secret de polichinelle.
Et celle-ci se trouve à l'entrée du site. Soit à l'opposé total de la Grande Scène. Ce qui fait un peu de marche à pied si l'on doit passer de l'une à l'autre, ce qui n'est jamais un mal pour les buveurs. Encore que Rock En Seine doit être le festival français qui accueille le moins de viande saoule. Les charges doivent plutôt se mettre en after, les parisiens pouvant rentrer chez eux à la fin des concerts. Donc pour en revenir à la marche à pieds, il faut faire chauffer les semelles dès la fin d'Interpol pour aller sur cette nouvelle scène, qui a été littéralement prise d'assaut ! Les bons papiers sur le groupe et le bouche à oreille (à défaut d'une autre partie de l'anatomie humaine) semblent avoir fait leur petit effet. La foule est énorme, et les premiers rangs massés devant la scène semblent comme en transe. A l'image des quatre musiciens, qui sur scène ne tardent pas à faire tomber leurs hauts pour finir torse nus, à l'exception du guitariste. Le groupe de Manchester semble être né du cerveau de JJ. Abrams. Qu'est-ce que le créateur de Lost, Fringe et autres geekeries vient foutre dans l'histoire ? C'est juste que WU LYF, comme lui, sait comment entretenir le buzz. Il suffit de voir leur site internet, à l'esthétisme très soignée, pour rentrer à pleines narines dans leur univers. Le nom de leur groupe n'est pas en reste. WU LYF, ça veut tout sobrement dire World Unite, Lucifer Youth Foundation. Et sur scène, leur logo, une immense croix -représentant un Christ crucifié mais faisant le V de la Victoire avec ses bras, pourvu que Christine Boutin ne tombe pas dessus- sert de décoration plutôt classe. Et encore plus classe, la façon de fidéliser les fans de la première heure. Les 1000 acheteurs de leur maxi se voyaient remettre un bandana, dont la possession assure au porteur de pouvoir entrer à leurs concerts, dans la mesure du possible, pour seulement 1 euro. Oui, WU LYF a des allures de secte, mais ce que WU LYF propose est une véritable alternative à une industrie du disque qui n'a pas encore réussi à les attirer sous son aile destructrice. La musique du bombo, que l'on pourrait qualifier de heavy pop d'après l'un de leurs titres, ne se décrit pas, elle se vit, et confère au show une intensité qui restera sans égale durant ces 3 jours de Rock En Seine. Avec un paquet de sacrés bons titres (« We Bros », « L Y F », tous, en fait) issus de leur remarquable album Go Tell Fire To The Moutain, WU LYF parvient à faire danser ses fans, qui reprennent déjà les paroles à la volée. Et le groupe réussit également, grâce à ce flegme typiquement britannique -qui pourrait facilement passer pour de l'arrogance- à créer une certaine intimité. En plein milieu du concert, ils arrêtent de jouer, quittent leurs instruments, boivent un coup, s'assoient sur le bord de scène... Décontractés du bulbe les lascars, et ils ont bien raison. Au milieu de toutes ces grosses machines qui envoient des shows calculés au poil de cul près, leur fraîcheur fait du bien. Même si cette fraîcheur est toute relative, surtout à l'écoute de la voix cassée du chanteur Ellery Roberts, qui semble prêt à déglutir à chaque fois qu'il entonne un de ses refrains. Un concert de WU LYF, comme l'écoute de leur album, bouleverse les sens et ne peut pas laisser l'auditeur sortir indemne de l'incroyable et suffoquant périple musical qu'ils ont mis au point dans un église de Manchester. Les notes de l'orgue appuient les cris, les riffs de guitare se superposent sur les rythmiques diaboliques, et voilà que la plus grande claque du week-end vient d'être administrée à toutes les joues de l'assistance. On tendra volontiers la deuxième. Photo : Sylvère
Sébastien Delecroix
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