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Yodelice : Solidays 2011
Il est dix-neuf heure, le soleil est en phase descendante au loin, sur la plaine où régnait encore deux jours auparavant une pelouse verdoyante, la ligne d'horizon reste encore floue, brouillée et déformée par des vagues de chaleur étouffante en ce dimanche Sierra Grande...
Des groupes, jusque-là planqués dans l'ombre des panneaux et autres kiosques à boissons, sortent pour s'attrouper autour d'une scène de concert baignée par le soleil. Le silence dure quelques instants puis les spectateurs acclament fiévreusement un chanteur arrivant sur scène. Il est grand, ténébreux et dès le premier coup d'oeil, on peut dire qu'il n'est pas un cowboy comme les autres. Une veste à rayures noires et blanches, un chapeau melon corbeau à plume blanche, des boots pas très pratiques pour monter à cheval, un pantalon blanc immaculé résistant apparemment à la poussière et surtout un signe particulier, un triangle renversé tatoué sous l'oeil gauche. Son nom ? Personne n'ose le dire à voix haute de peur que lui ou un de ses sbires vient dessouder celui qui le prononcerait… La rumeur voudrait qu'on l'appelle Yodelice. Maxim Nucci et son look de cowboy desperados sortant d'un Tim Burton spaghetti vient donner une dose de rock country et de pop-folk à ce dimanche après-midi chappe de plomb. Entouré de ses mariachis, Yodelice commence très fort. C’est sans faire de détour qu’il entame une chevauchée fantastique rock noisy et saturé partant dans tous les sens. Il veut démontrer qu’il est désormais un cowboy solitaire faisant son bonhomme de chemin dans ce style musical et loin du désert infini de la grande variété des L5 et autres pop stars éphémères traversant le paysage musical comme des meules de foin roulant au grès des vents. Son style est très éclectique : il passe d'une fusion rock alternatif aux touches arabisantes à une douce complainte aux courbes mélancoliques. Sa panoplie et son attirail de gentleman-farmer a pris de l'envergure avec le second album Cardioid, paru en 2O1O, plus épicé, plus énervé, plus incisif alors que Tree of life tirait plus vers la country folk des rocheuses. Pour ce concert, il va beaucoup plus jouer la carte du rentre-dedans et de la musique très cadencée faisant bondir le public avec son single More Than Meets The Eye, pompage on l'espère assumer de La fille du Père Noël de Jacques Dutronc ou de The Jean Genie de David Bowie. Qu'importe, la chanson est un succès, le public en redemande et veut sauter et se dépenser encore et encore malgré la chaleur alors que l'heure tourne. Enjoué et apparemment très content d'être là, Yodelice va démarrer un nouveau titre avec guitare folk et cordes profondes pour une ballade acoustique. Elle lui laisse un champ infini pour laisser éclater ses émotions vocales et faire monter ce sentiment crescendo jusqu'à un refrain où une seconde voix le rejoint en tierce pour rendre plus intense le tout, c'est très beau mais il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec System of Down. La copie est trop flagrante pour ne pas s'en rendre compte… Ça fait deux morceaux qui sentent le plagiat intégral dépassant la simple inspiration. Mais ce n'est pas grave, le lonely cowboy a un charisme exquis et un magnétisme chamanique qui fait qu'on oublie. On se laisse charmer par sa maîtrise musicale parce que même si ça sent le repompage, il s'inspire des meilleurs et sait à merveille utiliser leurs gimmicks pour les faires siennes, choses pas si évidentes que ça. Il démarre Sunday with a Flu, son premier single le faisant connaître, pour achever son public. Faute de musiciens en rythme, ce sera un faux départ… Il devra l'arrêter pour mieux le reprendre. Malgré ce léger couac sans importance, Maxim Lucci ne se démonte pas et l’utilise au contraire pour faire le spectacle. Le public est tellement en transe que les lances à incendie sont sorties et tirées sur le parterre pour rafraîchir et faire revenir sur terre des spectateurs en extase. Après quelques titres blues bayou ou country bluegrass, Yodelice termine avec un rock très bourrin, beaucoup d'effets et un refrain grossier imitation parfaite de Muse. Il se retire avec ses musiciens. Ca applaudit dans tous les sens, les gens restent et exultent alors que IAM va commencer sur la scène voisine, mais Marseille est loin, là Yodelice nous a emmené dans le Grand Canyon et on ne veut plus en revenir. Les vautours tournent autour de la scène et disparaissent dès qu'il revient seul sur scène avec sa guitare pour entamer solo son nouveau single Talk to Me, tiré de la bande originale des Petits mouchoirs où il a aussi un rôle, celui du prétendant romantique musicien de Marion Cotillard. L'apprenti acteur sous la direction de Guillaume Canet joue son morceau de lover des plages avec une grande intensité qui fait frémir une très grande partie de la gente féminine présente en majorité à ce moment précis. Tout en émotion, en volupté, il réussit à emballer des milliers de spectateurs encore une fois le temps d'un rappel qu'il terminera avec son groupe sous des airs de boogie-woogie donnant envie de swinguer. Yodelice est un artiste particulier de la scène folk française. Il est multicarte, protéiforme et sait malgré ça garder une identité très précise et prononcée. Arbre mort sur scène, guitare voodoo tête de squelete, costumes burtoniens, on ressent beaucoup dans son jeu et dans le décorum l'influence de son acolyte et ami -M-, enfin Mister Mystère, enfin Mathieu Chédid (on ne sait plus comment l'appeler) avec qui il a composé le dernier album de Johnny et pour lequel il est bassiste par la même occasion. Même si certains morceaux sonnent trop comme d’autres artistes, il a une personnalité, une voix à part et intéressante. C’est aussi un showman très proche de son public, avec une forte présence. Un cowboy à suivre et à découvrir sur scène qui vous emmènera dans un western moderne assez palpitant. Dicky le Canard
Alexandre Blomme
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