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Zone libre : Printemps de Bourges 2009
Les précurseurs ont toujours eu du mal à se faire entendre. Les 4 artistes de l’Angle Mort, nom du projet réunissant les 3 rockeurs de Zone Libre (dont Serge Teyssot-Gay, membre de Noir Désir) et les rappeurs Casey et Hamé (de La Rumeur) en ont fait les frais lors du plateau Hip-Hop de Bourges.
Ils ont même expérimenté la pire chose qui puisse arriver à des artistes quand ils montent sur scène : se faire huer du début à la fin. Il semble que certains répondent à la nouveauté par des “ sale pute ” ; “ enculé ” et de cris d’animaux… Affligeant de bêtise et de manque d’ouverture. Qu’importe ! Loin de se laisser impressionner, les MCs ont intelligemment répondu, par de grands sourires et des “ nous aussi on aime beaucoup ce qu’on fait ”. Chapeau bas à ces grands artistes.
Qu’est-ce donc que l’Angle Mort ? Une nouvelle rencontre entre le rock et le rap. Avec pour point commun une énergie et une rage rares. Ca commence donc avec de gros riffs de guitares et une énorme salve de batterie. Et par dessus, Hamé, rappeur “ en service ” depuis plus de 10 ans, pose un débit continu qui se rapproche parfois plus du slam que du rap dans le flow et la poésie. Arrive Casey, rappeuse non moins expérimentée qui étonne par son timbre super masculin et éraillée, donnant une force supplémentaire aux lyrics. Parce qu’ici, les textes s’écoutent plus que ne se répètent ou ne se chantent.
Sans jamais perdre leur souffle, les 2 MCs nous offre un duo d’une fluidité exceptionnelle, où chaque phase est parfaitement maîtrisée, où les passement de micros se font avec un naturel hors du commun. L’ambiance est portant lourde. Le rock joué par Teyssot-Gay et ses 2 acolytes est sombre, chargé d’une terrible urgence. Les guitaristes sautent dans tous les coins mais c’est plus pour souligner l’énergie de la musique que sa joie intrinsèque. Car ici, on parle des attentes interminables de la vie, Hamé rappe l’apologie d’un mur de son quartier comme métaphore de son parcours, Casey revient sur ses origines avec Les Mains Noires, on dénonce l’hyper-sécurité via Les Yeux de la NSA. Ici, on traite d’engagement, de dénonciation et d’insoumission.
Et, le rock de Zone Libre se marie parfaitement aux deux flows si différent des deux rappeurs. Pour écrire une nouvelle page du rap. Dommage que certains n’ait pas su la lire…
Adeline Lajoinie
Photo : Christian Pénin
Lajoinie Adeline
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