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Alain Bashung : Tels Alain Bashung
Un album hommage qui ne sent pas le formol ? Remercions le label Barclay pour ça.
Lorsqu'un artiste meurt, il n'est pas rare de voir son label (ou encore mieux, son EX-label qui conservait son back-catalogue sur une étagère poussiéreuse en attendant un crash d'avion/une overdose/une maladie létale fulgurante) vous sortir un best of ou un album hommage alors que le corps n'a même pas eu le temps de refroidir. Dans le cas d'Alain Bashung, le label Barclay a fait preuve d'une certaine pudeur toute à son honneur : la première intégrale ne sortira que huit mois plus tard (une éternité comparé à… tiens, Jean Ferrat), le best-of l'année d'après et cet album hommage un peu après l'anniversaire des deux ans de la disparition du chanteur (et oui, déjà !). C'est aussi – et surtout – le soin particulier apporté au casting. Face aux nombreuses candidatures qui firent suite à l'annonce de ce tribute album, le label a choisi de privilégier les artistes qui auraient une histoire personnelle et/ou professionnelle avec Bashung. L'intérêt de piocher dans le carnet de bal du défunt, c'est que Monsieur Bashung n'étant pas n'importe qui, ses amis agglomérés sur un seul disque donnent au final un tracklisting des plus alléchants. Les apprentis Columbo pourront donc s'amuser à relier les points au fil de l'écoute : Noir Désir ? Ils ont tourné ensemble et ont réenregistré "Volontaire" pour son album Climax (sur lequel on trouve aussi M). Gaëtan Roussel ? Facile : il a coécrit Bleu Pétrole. Vanessa Paradis ? Bashung lui a écrit la chanson "L'eau et le vin". Dionysos ? Facile aussi : Bashung a prêté sa voix à "Panique Mécanique" sur leur album la Mécanique du Cœur. Christophe ? Ami proche dont il a repris "Les Mots Bleus" en 1992. Miossec ? A notamment co-écrit "Faisons Envie" sur L'Imprudence… Pour les autres, outre les abonnés à vie aux tributes made-in-Barclay (du genre Stephan Eicher, déjà présent sur ceux de Brassens et Brel), les histoires qui leur valent un créneau sur le disque seront peut-être plus personnelles ou plus anecdotiques ; tous partagent en tout cas une admiration sans borne pour le grand bonhomme qu'était Alain Bashung. En matière d'hommage, plusieurs écoles cohabitent : certains, comme Noir Désir ou Vanessa Paradis, optent pour la reprise minimaliste laissant place à l'émotion. D'autres tentent de "désapprendre" Bashung pour mieux s'approprier ses chansons, poussant parfois jusqu'au kidnapping (la version Dionysos de "2043" sonne comme une face B du diptyque Monsters in Love/La Mécanique du Cœur) ; une démarche de déconstruction qui aurait certainement ravi le maître, avec quelques jolies réussites signées Benjamin Biolay (et ses superbes arrangements sur "Ma Petite Entreprise"), Christophe ou Keren Ann. À l'inverse, avec son "Madame Rêve" un peu trop maniéré, M rate le coche. Enfin, plutôt que d'égratigner son vieux pote dans une imitation hasardeuse, Miossec contourne l'obstacle avec brio en reprenant "Osez Joséphine" façon "chanteur de balluche de 14 juillet à Plouescat" (dixit l'intéressé) ; les BB Brunes n'auront hélas pas cette classe et foncent droit dans le mur avec leur version aspartame de "Gaby Oh Gaby". Preuve qu'il faut parfois laisser faire les adultes.
Michael Rochette
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