|
Aldebert - Les meilleurs amis
Délaissant les Enfantillages, le chanteur humaniste Aldebert confirme qu'il est tout sauf un clone de Bénabar. Nostalgique mais jamais sentencieux, c'est avec le sourire aux lèvres qu'il se penche à sa fenêtre et nous raconte le temps et les gens qui passent.
On a parfois du mal à les démêler, tous ces chanteurs de néo-nouvelle-new-chanson française. En déroulant la bobine de ces dix dernières années, l'on trouve du Benoit Doremus, du Bénabar, du Renan Luce, Mathieu Boogearts, Vincent Delerm, Albin de la Simone, Martin Rappeneau, Alexis HK… Une liste non exhaustive de nouveaux talents masculins aux voix bien différentes mais aux styles et aux thèmes qui s'entremêlent bien trop souvent. Perdus tels des aiguilles dans une seule botte de foin, chaque artiste tente de tirer son épingle du jeu. Certains sont devenus de véritables vedettes, voyant leur nom s'étaler, en haut de l'affiche, en dix fois plus gros que n'importe qui. D'autres, toujours pour paraphraser le grand Charles, ont plutôt connu "les trains de nuit, les filles à soldats […] les p'tits meublés et les maigres repas." Guillaume Aldebert n'a pas eu de succès faciles. Mais c'est en prenant quelques chemins de traverse qu'il a finit par trouver son petit sentier de la gloire.Son second souffle, ce pré-quarantenaire l'a finalement trouvé dans les chansons pour enfants. Un ton léger qu'il avait déjà bien développé auparavant sur ses quatre albums studios. Depuis Plateau télé, en 2000, l'artiste qui a débuté dans les caf' conc' de Besançon, guitare en bandoulière, n'a cessé de développer son gout pour une certaine nostalgie enfantine, une légèreté teinté de spleen du passé. Il était donc assez logique de le retrouver à la barre de jolis Enfantillages en 2008, distillant les peurs et les espoirs des plus jeunes aux côtés de Renan Luce, Amélie-Les-Crayons, Clarika, Maxime Le Forestier ou Riké de Sinsemilia. Fort d'un disque d'or, Aldbert continue alors dans sa lancée et fête sa première décennie avec un spectacle, J'ai 10 ans, accompagné de membres du Cirque Plume, qui donne lieu à un beau Zénith et un album mi-studio mi-live.Cinq ans après son dernier disque "adulte", revoilà donc Aldebert le chanteur pour grands. Lui-même a paradoxalement grandit avec ses projets de gamins. Et c'est à sa fenêtre qu'on le retrouve, pour une vision claire, toujours légère, amusée et amusante du monde, qui réchauffe bien le cœur avec des mélodies entrainantes. Les enfants sont toujours très présents. Ils donnent des Coups de pieds à la lune en intro mais font surtout partie de ses souvenirs ou de son présent avec Sur ton berceau, ode aux nouveau-nés. Si le passé continue de tarauder l'auteur-compositeur-interprète avec ce maudit temps qui file trop vite (Le temps qui reste, Ma vie à l'envers et GPS), il a le cœur bien ancré dans ses amours actuelles. Des amours capricieuses (Les petites amourettes), bouillonnantes (Inséparables) et rigolotes quand il marie "Quasimodo et Miss Monde […] Louis de Funès et Grace Kelly" sur Trop belle pour moi. Mais c'est surtout l'amitié et l'ouverture d'esprit dans les rapports humains qu'il met ici en avant. Des Amis sans lesquels il ne saurait vivre. Et avec lesquels il partage un certain goût de la tolérance, celle qu'il chante sur le sublime Mon homonymie avec Simon Mimoun de Debout sur le zinc, joli pamphlet anti-homophobie qui détaille les "différents états d'hommes et quelques états d'âmes."Aldebert le poète nous souffle un baiser sur le front pour un album doux comme un câlin.
Adeline Lajoinie
|