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Alpha Blondy: Vision
Le pape du reggae revient, après trois longues années d’absence, avec une vision très claire de sa musique : encore plus ouverte, francophone et à la liberté de parole sans précédent.
C’est le dix-neuvième album de cet artiste cinquantenaire et il ne cesse de nous étonner par son énergie et sa fraîcheur. Papi bondissant à la langue bien pendue, Alpha Blondy reste l’un des artistes reggae les plus connus au monde. Mais après dix-huit albums en anglais et des tubes planétaires comme Brigadier Savary ou Sweet Fanta Diallo, il revient avec un album presque entièrement en français, son autre langue natale. Pendant sa longue absence, trois ans depuis Jah Victory, le rastafari toujours aussi convaincu a fait le tour du monde avec son groupe, Solar System. Et, comme à chacun de ses voyages, il en a rapporté une nouvelle ouverture musicale, des notes d’un ailleurs lumineux. Parce que, s’il aime à dénoncer, Alpha garde une Vision toujours positive de la vie. Même quand il parle, en ouverture, des Rasta bourgeois, c’est pour souligner, sur l’un des seuls titres où l’anglais fait son apparition, que les dreadlocks n’empêchent pas la richesse et que le culte du petit africain qui court nu dans les rues participe de la magnification malsaine d’une pauvreté qu’on voudrait exotique. Ceci sur des rythmes reggae des plus traditionnels. Si l’on enlève sa traditionnelle reprise (sur l’album dernier c’était Pink Floyd, cette fois c’est Stewball d’Hugues Aufray, touchant et étonnant), presque tous ses titres sont des brûlots. Joyeux, mais tout de même très pamphlétaires. Vuvuzela, par exemple, qu’il a écrit durant la coupe du monde de football en Afrique du sud, est un message très clair de prévention du sida : « protèges ton vuvuzela avant de faire waka waka. » Ma tête lui permet d’expliquer comme il est difficile, pour une star comme lui, d’appliquer la libre parole politique, au risque de se faire prendre à partie par tous les partis qui essaient de le gagner à leur cause. Un peu amer quand aux fausses amitiés, il les fustige sur Ces soit-disant amis et conseille de ne pas trop donner, au risque de ne jamais rien recevoir de ceux qui aiment à te manipuler sur Trop bon. Et si l’on ne le trouve pas assez explicite sur ces morceaux, il se lâche complètement, avec la sincérité qui le caractérise, sur Le cha-cha du CFA où il assène : « la vraie souveraineté, c’est d’avoir un président honnête, pas une marionnette. » Alpha Blondy, c’est l’engagement, mais aussi le soleil du reggae ivoirien. Ici, l’on trouve trois titres en dioula, une autre de ses langues : Pinto (mon kôgaya préféré), titre éclatant de cuivres qui respire la joie, Bôgô, une douce ballade et Massaya, qui donne envie de danser les bras en l’air. Le reggaeman explore également de nouveaux territoires musicaux, plus modernes avec un C’est magic aux guitares électriques accompagnant un timbre joliment vocodé. Il se fait également blues avec Tu mens, sur ces femmes qui n’arrivent jamais à dire la vérité. Et il utilise une harpe, une flûte traversière ainsi qu’une fouta djalion sur le très doux L’autre rive. Tout à tour touchant, péremptoire, en rage, amusé et dansant, AlphaBlondy ne prend toujours pas une ride.
Adeline Lajoinie
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