|
Alpha Blondy : Jah Victory ( Mediacom )
Après dix-huit albums, Alpha Blondy est toujours aussi frais et bondissant. Cette star international du reggae africain n’en finit jamais de nous étonner. Jah Victory, son dix-huitième opus, est à la fois très fidèle aux codes de la musique reggae et bourré de morceaux novateurs et originaux.
Dés les premières notes, l’on est un peu troublé. Le morceau d’introduction n’est autre que I Wish You Were Here, une très bonne reprise, à la jamaïcaine, du classique des Pink Floyd. Viennent ensuite de gros riffs de guitares sur Demain T’Appartient, des rythmes brésiliens sur Bahia et de la rumba zaïroise sur Le Bal des Combattus. Jah Victory est donc, sans aucun doute, l’album le plus international d’Alpha Blondy. A l’image du chanteur, ivoirien, qui a vécu, enfant, entre Dimbokro, Korhogo, Odienné et Monrovia pour, dés l’adolescence, partir étudier aux Etats-Unis. Pas étonnant que Seydou Koné, de son vrai nom, soit capable de chanter aussi bien en anglais qu’en français ou en dioula. Pas étonnant non plus que ses influences musicales ne se limitent pas au seul reggae.
Mélangeant ici des rythmes de tous les pays, faisant jouer aussi bien de la kora que de la cornemuse, des instruments traditionnels maghrébins et même de l’accordéon. Sans pour autant renier ses origines. En effet, Jah Victory a été enregistré dans le mythique studio Tuff Gong, en Jamaïque, avec le gang des musiciens de Kingston qu’Alpha appelle « la confrérie jamaïcaine. » Les riddims fleurent bon l’authenticité et les chœurs africains, comme sur le presque-gospel, Les salauds, accentuent encore cette impression.
S’il a quelque peu changé son style musical, son discours, lui, n’a pas changé d’un iota. A cinquante-quatre ans, Alpha Blondy est aussi (voire plus) révolté que les jeunes rastafaris. Ses mots sont toujours aussi forts et crus comme sur les Salauds, Sales Racistes ou Mister Grande Gueule (« Ferme ta sale gueule, si tu n’as rien à dire tais-toi, si tu n’as rien à faire casse-toi… »). Véritables plaidoyers contre les gens de pouvoir qui détruisent le continent africain, chacun de ses morceaux est un bonheur de militantisme intelligent. La Planète exhorte tout le monde à comprendre que « la planète est un village, ici, on est juste de passage », La Route de la Paix est un beau message positif alors que Ne Tirez pas sur l’Ambulance implore de laisser la côte d’ivoire se reconstruire tranquillement.
Grand frère qui semble ne jamais vieillir, Alpha Blondy est juste un porteur d’espoirs, à l’image du tube en puissance Demain t’Appartient.
Adeline Lajoinie
Lajoinie Adeline
|