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Arctic monkeys: Suck It And See
Un titre d'album qui se fait censurer aux Etats-Unis. La reine de la provoc à deux balles Lady Gaga va se mordre les faux ongles de ne pas y avoir pensé. Suck It And See sera en effet recouvert d'un autocollant dans le pays puritain, sans doute un dommage collatéral de l'affaire Stauss-Kahn...
Les Artic Monkeys font plutôt référence au mythique «Orange Mécanique» de Stanley Kubrick qu'aux déboires érotico-politiques de l'ancien futur président, et rappellent ainsi qu'ils peuvent être des bad boys. C'est qu'ils ont à peine dépassé les 25 ans mais sont déjà des vieux de la vieille. Fougueux et plein d'acnés à leurs débuts, ils envoyaient un rock estampillé british, toutes guitares dehors et avec caisse claire qui prend cher. Mais les garnements ont pris du galon, et ont su tourner le bouton « gain » vers la gauche, en se faisant également paterner par Josh Homme (Queens Of The Stone Age, Them Crooked Vultures...). Leur rencontre avec le rouquin se fait d'ailleurs furieusement entendre sur quelques pistes, notamment « Brick By Brick ». Pour le reste, le quatuor continue le virage amorcé par Hamburg. Finie la musique working class, qui sentait bon les briques rouges, le ciel grisâtre de la banlieue de Sheffield et la pinte de lager au pub local. Non, maintenant, les Artic Monkeys sont des dandys qui sirotent du bon vin dans des appartements des beaux quartiers de Londres, et si possible en bonne compagnie (les « topless models » évoquées sur « Reckless Serenade »). Leur musique n'est plus la bande sonore des affrontements entre hooligans des bouquins de John King, ne sent plus la déglingue de la jeunesse britannique vue par Irvine Welsh. Non, elle a ce côté doux-amer qui évoque les déboires sentimentaux des personnages de Nick Hornby. Les Artic Monkeys ne marchent plus en Doc Martens en envoyant leurs glaviots sur les trottoirs. Ils déambulent en mocassins à gland, la clope négligemment au bec. Et avec filtre. Mais ils le font avec grande classe. Leur pop est impeccable, les riffs de guitare planent et n'atterrissent jamais, se permettant même de jolies envolées (le refrain de « Piledriver Watz »). Suck It And See est intemporel, rendant hommage à toute la vague pop sous laquelle les Beatles ont noyé l'Angleterre à jamais, mais en s'inscrivant parfaitement dans le paysage contemporain. Artic Monkeys est un grand groupe de son époque, et aligne les tubes avec un flegme et un talent typiquement britanniques. « The Hellcat Spangled Chalalala » et « Black Treacle » sont deux petites pépites, et partagent l'affiche avec une flopée de bons titres comme « She's Thunderstorms ». On pardonnera donc les quelques moments de relâchements sur certains titres pas aussi inspirés, pour continuer d'apprécier un album qui se fait de plus en plus succulent au fil des écoutes, grâce à la voix d'Alex Turner en particulier. Si Oscar Wilde parlait du peintre prénommé William quand il disait « qu'il n'y avait pas de brouillard à Londres avant Turner », on ne peut s'empêcher de penser qu'il n'y avait pas de soleil à Sheffield avant Alex Turner. Sébastien Delecroix
Frédéric Fahy
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