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Ayo: Billie-Eve
C’est en passant, dans sa vie, par de grands bas et de grands hauts que la lumineuse Ayo a gagné en force d’interprétation, réussissant à ouvrir sa musique vers un ailleurs plus hétéroclite.
Ces trois dernières années n’ont pas été des plus simples ni des plus reposantes pour Ayo. La chanteuse allemande a effectivement vécu sur un roller-coaster depuis la sortie, en 2008, de son second opus, Gravity At Last. Si l’album ne comporte pas de tubes aussi évidents que le Down On My Knees de Joyful, il est très bien accueilli en France, avec sa nouvelle gravité et ses réflexions sur le monde actuel. L’ambassadrice de l’Unicef continue alors son petit bonhomme de chemin et sillonne à nouveau le monde, avec son fils Nile, nés en 2005, sous le bras. Mais lors d’un voyage Los Angeles/Paris, celle dont le surnom (comme le véritable prénom, Joy) signifie « joie » en français, frôle la mort suite à une grossesse extra-utérine. Fonçeuse, elle s’achète un piano, reprend son processus de création, part en Jamaïque avec son compagnon Patrice et revient, deux mois plus tard, enceinte d’une petite-fille qui scellera un renouveau dans sa musique. Car cette baroudeuse puise depuis toujours dans les aléas de sa vie, pas toujours évidente, pour construire l’émotion palpable qui sous-tend son style reggae-soul. Enceinte jusqu’aux yeux, elle part alors à New-York, où elle a un appartement, pour enregistrer au sudio Sear Sound, qu’elle sent rempli de bonnes vibrations. Elle retrouve alors l’esprit de son tout premier disque et s’entoure de musiciens-amis comme Gail-Ann Dorsey à la basse, Craig Ross à la guitar et Flemming Lauritsen à la batterie. C’est avec eux qu’elle pose les bases d’un nouveau son, plus acoustique et aussi encore plus habité. Dés How Many People, le tout premier titre de Billie-Eve - un jeu de mots entre le prénom de sa fille et ses croyances multiples, l’on sent qu’Ayo a encore grandi. Elle lâche pendant plus de sept minutes sur un mélange de reggae et de musique classique, toutes ses interrogations sur notre place sur ce bas-monde et l’importance de la générosité pour se sentir heureux. La belle mélange ensuite les genres avec un furieux plaisir non dissimulé. Son rock I’m Gonna Dance est des plus non-académiques et, donc, des plus génialement entrainant car spontané. Quand elle se fait diva soul, sur Before, la douce jeune femme au constant sourire fait éclater une sensualité qu’on ne lui connaissait pas forcément, sur une guitare électrique épurée. Comme sur It’s Too Late, porté, cette fois, par un magnifique piano. Funky et amoureuse sur My Man, elle excelle dans la pop sur un I Can’t où elle double elle-même ses voix et flirte gentiment avec le blues sur Julia. Si la liste des artistes qui l’apprécient est longue comme un jour sans pain, la belle choisit ses invités avec intelligence et parcimonie. Ici, on trouve donc Mathieu Chédid à la composition et aux guitares d’It Hurts. Et Saul Williams au slam pour un si juste Believe. Et, parce qu’on lui a souvent parlé de sa ressemblance avec Michaël, version Jackson Five, cette fée malicieuse s’est offert une reprise d’I Want Your Back que n’aurait pas renié le maitre. Du bonheur à l’état vaporeux…
Adeline Lajoinie
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