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Bad Meets Evil : Hell The Sequel
Les deux meilleurs rappeurs de Detroit se retrouvent enfin, après des années de brouille. Seulement 9 titres pour un EP inégal où Royce prend souvent le pas sur Marshall.
Bad Meets Evil, c’est un duo qui a une histoire de longue haleine. Au début des années quatre-vingt-dix, dans la riante ville de Detroit, le rap explose un peu partout. Tout le monde connaît l’histoire d’Eminem, narrée et romancée via le film 8 Miles. Ce que les images ne racontent pas forcément, c’est que le Mc white trash a également rencontré, à cette époque-là, un de ses amis rappeurs. Son pote d’enfance, on le sait, s’appelle Proof. Il est membre de son groupe D-12. Mais il est aussi très proche d’un certain Royce Da 5’9’’. Ryan Montgomery et Marshall Bruce Matters ont un véritable coup de foudre amical et musical. Les deux leaders de la scène de Detroit se rencontrent donc par l’intermédiaire de Proof lors d’un concert d’Eminem. Ils forment rapidement Bad Meets Evil (Royce étant Bad, et Eminem Evil). Ils se lancent alors dans un projet d’album prometteur. Mais seules sortiront quelques chansons, comme Bad Meets Evil, qui figure sur The Slim Shady LP et le désormais fameux Scary Movies. Comme souvent dans des histoires d’artistes, c’est l’ego qui va séparer les inséparables. Une querelle éclate entre Royce et les membres de D-12, la relation des rappeurs se détériore au fur et à mesure que le succès d’Em’ et de D-12 grandit. Ils arrêtent finalement de se voir en 2002. Proof les réunit à nouveau en 2006 dans des circonstances des plus tragiques : sa mort. Royce se réconcilie avec les membres de D12, puis avec Eminem. Les deux rappeurs reprennent leur collaboration suite à la participation de Royce à la mixtape de D-12 Return of The Dozen, sortie en 2008, et sa présence sur la tournée du groupe. Em’ et Royce se retrouvent en studio, juste comme ça, pour voir. Et, très vite, leur goût commun pour les blagues de très bon mauvais goût et l’humour bien noir explose sur de nouveaux titres. Eminem a retrouvé la forme, Royce est devenu une valeur sûre du rap ricain avec quatre très bons albums solo, toutes les conditions sont réunies pour une excellente collaboration. Ce sera un EP, pas un LP mais, pour les fans, c’est déjà énorme. Dés l’artwork et les premières notes, l’ambiance pesante et bien dark du duo est omniprésente. On se frotte déjà les mains de plaisir. Welcome 2 Hell, produit par Havoc, est sépulcral comme il faut. Eminem rappe avec sa rage et son urgence habituelles, Royce enchaîne avec un débit mitraillette des plus étonnants. On continue avec Fastlane, où Royce se dévoile toujours plus performant et Eminem continue de poser son flow tendu sur l’excellent prod de Supa Dubs. Malheureusement, l’enthousiasme s’essouffle un peu sur d’autres titres. Totalement hors sujet dans un opus aussi sombre, Lighters feat. Bruno Mars sent le plan marketing à plein nez. Sur Take From Me, on a un peu l’impression que Royce s’est endormi sur ses lauriers et ne s’est vraiment pas foulé. Echo, feat. Liz Rodriguez, est trop pop pour le style d’un album assez lourd. The Reunion est quelque peu lancinant et soporifique. C’est bien dommage parce que sans ces déceptions, l’opus aurait plu d’autant plus. Above The Law, produit par Mr Porter de D-12, est l’un des meilleurs titres, avec cette gravité mélangée à une tension électrique et un petit refrain chanté par Claret Jai. Les deux Mc’s sont juste parfaits ici. I’m On Everything, hosté par le comique Epps et porté par une prod très Lil Wayne de Mr Porter, est étonnant, mais dans le bon sens, car il pousse les rappeurs à faire évoluer leurs flows. One Kiss, enfantin et éthéré, accélère tout en douceur la vitesse du débit de chacun. Au final, ça kicke sur presque tous les morceaux. Assez, tout de même, pour contenter les fans de la première heure.
Adeline Lajoinie
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