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Beni Snassen : Spleen et Idéal ( EMI )
Attention à l’invasion, voilà les Beni Snassen. Un nouveau collectif de rap, ça fait toujours du bien au paysage du hip-hop français, qui s’essouffle parfois un peu. Et quand le discours, les rythmes et les MC’s sont aussi révolutionnaires et chevaleresques que les Beni Snassen, c’est un immense vent de fraicheur que l’on se prend en pleine face.
A l’origine du projet, on trouve l’une des révélations de l’année dernière, le sage Abd Al Malik. A trop vouloir le cantonner dans la case slam, beaucoup avait oublié que le jeune homme était avant tout un rappeur. Regrettant la perte d’un certain esprit de combat positif, Abd Al Malik a donc décidé de réunir autour de lui tous ses proches du milieu : Wallen, sa compagne, son groupe original, les NAP, les sœurs rappeuses-chanteuses de Bi'lin et ses amis MC du Nord : Hamcho et Mattéo Falkone. Avec un spécial guest de choix, Ali, ex-Lunatic.
Quinze titres pour un seul but : combattre avec les mots tout en restant honorable et pétris de belles valeurs. Ici, on a vraiment l’impression d’avoir à faire avec des chevaliers du hip-hop, nouvelle génération, à la manière d’IAM à l’époque de l’Ecole du Micro d’Argent. Rien d’étonnant à cela quand on connaît leurs références. La confédération tribale des Béni Snassen, dans l'oriental marocain est en effet un territoire montagneux qui accueille, depuis des siècles des tribus bien distinctes revendiquant chacune leur unité, n'hésitant pas à exprimer leur désaccord leur résistance. Mais toujours avec respect, honneur et bravoure.
Côté musique, on trouve La présence de Renaud Létang (Feist, Gonzales, Katerine), mixeur et arrangeur de l'album qui donne une véritable pureté aux sons. Mais surtout, on retrouve les sons de Bilal, proche d’Abd Al Malik, qui sait mélanger electro, hip-hop, rock pour offrir un trip-hop mi rêveur mi violent qui colle parfaitement aux textes. Car entre Spleen et Idéal est un album humaniste qui s’écoute plusieurs fois, qui se déguste pleinement après de nombreuses utilisations. Véritables fils de Bourdieu, chacun analyse la société avec son stylo, toujours avec une merveilleuse sensibilité, une spiritualité intelligente et une rage qui transpire d’honnêteté. Bil’In dessine un portrait touchant des jeunes femmes d’aujourd’hui, Benef’ Benef’ fustige le tout capitalisme et la Mentale revient sur les réalités carcérales.
Respirez, c’est juste du pur hip-hop !
Adeline Lajoinie
Lajoinie Adeline
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