|
Beyoncé: 4
Entre panthère noire et cygne blanc, la diva Beyoncé a retrouvé toute sa sensualité animale et, avec, sa place de reine du R&B. Retournant aux racines de son art musical, elle fait exploser son timbre d’une rare puissance sur un quatrième opus réussi.
Les déceptions sont légion, ces derniers temps, dans le monde du R&B. Dernière en date, J-Lo, qui a, une nouvelle fois, cédé aux sirènes de la dance de camping mélangée à de l’électro de bas étage calibrée pour les dancefloors. Autant dire que l’on a écouté le nouveau Beyoncé avec le plus grand pessimisme et la plus grande retenue. D’autant que, comme pour sa collègue latina, la chanteuse à voix était totalement absente ces dernières années. Son dernier opus, I Am... Sasha Fierce, date de 2008. Avec de bons gros tubes comme l’imparable Single Ladies (Put A Ring On It). Mais après avoir raflé tous les Grammy Awards en 2010, la femme de Jay-Z affirmait vouloir faire une pause dans sa carrière musicale, se consacrer à son mari adoré et à ses proches. Silence radio (mais omniprésence dans les tabloïds, quand même), l’on ne savait absolument pas à quoi s’attendre pour le nouvel opus. Autre similitude inquiétante avec sa collègue Lopez, la Knowles s’est entourée ici d’une liste interminable de faiseurs de tubes. Et le passé nous a largement démontré que ce n’est pas toujours une excellente idée de multiplier les producteurs à foison. On retrouve donc Kanye West, The-Dream, Tricky Stewart, Jeff Bhasker, Terius Nash, Diplo, Ester Dean, Shea Taylor, Babyface, Frank Ocean, Luke Steele des Empire of the Sun et Chad Hugo des Neptunes. Autant de producteurs que de titres, on frémit. Mais dés les premières notes de 1+1, le titre d’ouverture, l’on est submergé par une vague de pur soul. Une simple ligne de basse et la voix de la Queen Bee qui part en puissance par-dessus. Un sublime petit bijou. Les trois titres qui suivent, I Care, I Miss You et Best Thing I Never Had, sont tous des balades. Mais des plus réussies, toutes différentes, où son timbre à la fois chaleureux et explosif prend toute sa démesure. On continue, la joie au cœur, avec Party, en featuring avec le génial et trop rare André 3000 sur une prod toute en douceur et en nostalgie, signée par le non moins ultradoué Kanye West, qui sample le La Di Da Di de Doug E. Fresh. Quelques slows un peu sirupeux, comme Rather Die Young, viennent mitiger notre enthousiasme. Mais, en mélangeant moment softs et beats plus pêchus, la belle réussit à contenter tout le monde. Count Down, avec ses rythmes accélérés et son sample du Uhh Ahh des Boyz II Men, apporte un vent de fraîcheur en relançant l’énergie du disque. Et le tout percussif End Of Time, simplement appuyé par quelques cuivres en fond, enfonce le clou grâce à un dépouillement d’une belle vigueur. L’on termine par Run The World (Girls), excellent tube. En se focalisant sur l’essentiel, évitant les fioritures, Beyoncé signe un retour gagnant.
Adeline Lajoinie
|