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Blink-182 : Neighborhoods
Blink-182 de retour: miracle ou tragédie? Les plus jeunes crient au premier, tandis que les autres, un brin conservateurs, hurlent à la seconde. Le groupe qui a fait venir toute une génération d'ados au punk-rock, au rock et à la musique en général à grand coup de blagues salaces (la génération American Pie, film dans lequel figurait d'ailleurs le groupe), ayant totalement changé d'univers musical depuis les années 2000.
Flashback: en 2001, le chanteur-guitariste Tom Delonge se fait une grosse hernie en surfant, sa grand-mère qui l'a élevé meurt, et il y a le 11 septembre. Déprime, cachets, et side-project appelé Boxcar Racer pour mettre cette sale période en musique. Bien loin des blagues pipi-caca du groupe, le seul album éponyme de Boxcar Racer surprend et présente une toute nouvelle facette du groupe, le batteur Travis Barker étant dans le groupe, et Mark Hoppus y faisant un featuring sur une chanson. Travis multiplie d'ailleurs les projets musicaux, notamment les Transplants (avec Tim Armstrong de Rancid, groupe punk culte), Mark se met à la production d'albums (Motion City Soundtrack pour les plus connus), bref, chacun taille sa route, et quand Blink-182 revient en 2003, c'est avec un album aux antipodes de la pop-punk insouciante qu'ils faisaient avant.Cet album n'était pas éponyme par hasard: il annonçait le nouveau départ du groupe, qui se réinventait. Mais en 2005, le groupe se séparait, Tom Delonge fondant Angels & Airwaves (le quatrième album sortant cette année), et Mark et Travis (+44) (un seul album). Et comme par miracle, c'est une tragédie qui va les réunir. En 2008, Travis se crashe en avion et frôle la mort. En froid depuis la fin de Blink, le trio se ressoude, et décide de refaire de la musique ensemble. Voici donc en 2011 le septième album studio de Blink-182, baptisé Neighborhoods.Encore une fois, ce titre est tout sauf un hasard. Il a été choisi parce que les trois membres se voient comme des voisins musicaux, et à l'écoute du disque, on ne saurait leur donner tort. Les pattes de chacun se ressentent, celle de Tom Delonge en particulier. Il a amené avec lui les synthés et intros à rallonge d'Angels & Airwaves. Le premier morceau, "Ghost On The Dancefloor", est totalement dans la lignée de son autre groupe, et on commence à flipper quant à la suite, puisque l'on connaît déjà 2 titres mis en ligne les jours d'avant, la pop "After Midnight" et "Up All Night", premier single et synthèse de tout ce que contient le disque : le côté catchy de Blink, un riff de Boxcar Racer et des effets dans tous les sens sur les voix, les guitares, à la Angels & Airwaves. Comme sur l'album de 2003, le groupe expérimente, se dotant d'une touche new wave sur "This Is Home" et "Love Is Dangerous", instaurant une ambiance à la The Cure sur "Snake Charler", et même une atmosphère très Korn sur la fin du même titre. L'expérimentation est parfois trop poussée, avec de nombreux passages qui semblent ici pour faire du remplissage, comme sur l'electro-rock "Heart's All Gone Interlude", ou sur l'intro insupportable de "Fighting The Gravity", sans doute le plus mauvais morceau du groupe à ce jour.Pour le reste, on retrouve ces dynamiques propres au groupe et permettant de faire ressortir certains passages de cet album compliqué, avec des lignes de chant qui restent en tête, comme celles de "Natives", où Delonge se bouscule sur les couplets et Hoppus se délecte sur les refrains, ou de "Kaleidoscope", où les 2 chanteurs inversent les rôles, pour un rendu très efficace, avec une mention spéciale pour Delonge sur le refrain catchy as hell. Et bien entendu, Travis Barker derrière les fûts martèle encore plus que Charles. Il en fait peut-être même un peu trop des fois, mais son travail de sape sur les fûts justifie à lui seul une écoute de l'album entièrement dédiée à ses parties. Si l'ensemble est très pop, et pourrait être qualifié de prog-rock, quelques morceaux renouent (un peu) avec la fougue punk du groupe, à l'instar de "Heart's All Gone" et "M.H. 4.18.2011", sur lesquels Mark Hoppus assure d'ailleurs le chant lead, chose assez rare pour être soulignée.Neighborhoods a quelque chose de Shakespearien. Ces 3 frères ont perdu leur père en 2008, en la personne du producteur Jerry Finn, qui avait guidé tous leurs albums et même side-projects, et dont l'absence se fait cruellement sentir dans la production. Maintenant chacun essaie de s'affirmer, personne n'a vraiment les clés, et si se retrouver sous le même toit leur procurent de bons moments, les Blink-182 semblent se sentir mieux chacun chez soi pour l'instant.
Sébastien Delecroix
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