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Carla Bruni : No promises ( Naïve )
On a connu des suicides artistiques beaucoup moins bien montés que celui de Carla Bruni mais qui ont quand même réussi. C'est dire la frayeur qui s'empare de nous quand on apprend que la jeune femme, pour son deuxième album, celui de la confirmation (même si le premier était déjà d'une audace folle), s'attache à reprendre en musique des poèmes de poètes et poétesses pointus, et cela tout en anglais. Si on prend les grandes lignes de son nouvel album : on peut se dire qu'elle veut briser une ligne claire pour rompre un charme certain avec la chanson française et perdre son avantage, plutôt qu'un disque quasi identique au premier, photocopie d'un succès annoncé (ce bidule si paralysant pour un artiste), elle s'empare avec courage d'un patrimoine international pour en faire un album universel.
Ce disque est réussi : inédit et familier. Quand on termine l'écoute du CD une chose est sûre : la greffe a prise. Toujours cette voix qui pose (le seul tic de sa carrière de mannequin que l'on accepte encore), cette voix qui sous les volutes de fumées angoissantes est protégée par une kyrielle de guitares propres et concises, en mode lo-fi, presque roots si on ne s'attarde pas sur les arrangements, elle vient apporter un angle nouveau à des mythes anciens. Coatché en prime par Marianne Faithfull. Déstructurant et déclinant des poèmes en chanson, il en fallu du travail pour ne pas trahir ni les auteurs, ni l'auditeur. Mélancolique, romantique, satanique : les violons ont toujours le même son, qu'ils soient joués au XVIIIème siècle ou maintenant, et Carla Bruni est un stradivarius resté trop longtemps en sommeil dans un étui signé Paco Rabanne ou Agnès B. Depuis que le couturier de studio s'appelle Louis Bertignac, tout semble fonctionner parfaitement et les coutures entre les chansons pour en faire une œuvre sont furtives mais tressés de fils d'or. Lui avec sa culture, elle avec sa couture : ils ne font aucune promesse mais remplissent tous les quotas pour à nouveau réussir et gagner un pari audacieux à l'énoncé du problème. Espérons qu'une tournée puisse concrétiser sur scène l'esquisse à main levée qui est déjà un chef d'œuvre.Pierre Derensy
Pierre Derensy
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