|
Cavalera Conspiracy : Inflikted ( Roadrunner )
Ils y sont sympas chez Roadrunner. Pourtant, ce n’est plus franchement la petite structure underground qui dans les années 80 sentait bon les vestes à patches et la bière bon marché, repère mal famé d’un paquet de gloires de l’époque (Mercyful Fate, Gang Green etc.). Sauf que ni les moustaches de Chad Kroeger de Nickelback (leur plus gros succès commercial) ni leur transformation progressive en grosse machine de guerre n’a totalement effacé ce fameux ‘sens de la famille’ sur lesquelles une bonne partie de sa réputation s’était forgé. Et justement, dans l’album photo familial, les enfants prodiges Max et Igor Cavalera sont loin de faire de la simple figuration.
L’histoire veut que lorsqu’il débarque de son Brésil natal à New York en 1987 dans le but avoué de dégotter un nouveau contrat discographique, Max Cavalera n’a pour seul bagage qu’un sac de sport plein de K7 de la version Brésilienne du deuxième album de son groupe Sepultura ‘Schizophrenia’ et un anglais des plus rudimentaires. Malgré tout, Roadrunner, et plus précisément son découvreur de talent Monte Conner, renifle le bon coup et signe le groupe qui devient le premier combo sud-américain d’un genre (le thrash) jusqu’à lors dominé par les Américains et les Allemands à s’exporter. Six ans plus tard et quelques belles estocades plus tard (‘Arise’, ‘Beneath The Remains’) c’est le jackpot : ‘Chaos AD’ est un carton interplanétaire, le genre de skeud que l’on sort une fois par carrière, où metal, punk et revendications sociales font une java d’enfer. Un truc imparable, même pas entaché par une seule mauvaise note et qui met tout le monde d’accord, du vieux thrasher au jeune keupon. En 1996, son successeur ‘Roots’ fait encore mieux, invente grossièrement (pour le meilleur ou pour le pire) le néo-metal avec le premier Korn, explose tout sur le plan commercial (disque d’or en France !) et fait rentrer définitivement Sepultura dans le panthéon du metal. On appelle cela une aopthéose.
Sauf que c’est à ce moment-là que le groupe glisse sur une méga-peau de banane. Pour de sombres histoires de management, Max claque bruyamment la porte et part fonder Soufly tandis qu’après quelques hésitations, ces ex-compères décident de continuer l’aventure. Mais tout comme Blaze Bayley a appris à ses dépends que l’on ne remplace pas Bruce Dickinson impunément dans Iron Maiden, le nouveau chanteur de Sepultura, l’Américain Derrick Green, n’arrive pas à convaincre les fans malgré tous ses efforts. Peu à peu, sa phénoménale popularité s’érode, malgré quelques disques pas si dégeu que ça, tel ‘Nation’ en 2001. De son côté, Soufly continue, lui, son bonhomme de chemin, malgré un line-up en constante évolution et une musique dont les thèmes tiers-mondistes rabâchés à longueur de temps (nous sommes tous issues de la même tribu, la guerre c’est pas bien, bla bla bla) deviennent très rapidement fatigants. Cette dichotomie finit par ne convenir à personne et en particulier aux fans qui se retrouvent avec deux moitiés de groupes au lieu d’un. Mais bon, tout le monde l’a compris désormais (même ma grand-mère) le rock n’roll est une gigantesque escroquerie - n’est-ce pas Monsieur Sid Vicious ?! ☺ - la vie est un éternel recommencement, bla bla bla. Donc depuis en gros deux ans, les rumeurs de reformation vont bon train. Surtout depuis qu’Igor a claqué à la porte de Sepultura l’année dernière, officiellement pour passer plus de temps avec sa famille mais comme par hasard après un très médiocre album (‘Dante XII’) sentant un peu le sapin. Et alors que les spéculations vont bon train (Se reformera ? Se reformera pas ? Que va devenir Derrick Green ? Qu’en pense Carla Bruni ?!) ‘Inflikted’ débarque avec ses gros sabots et jette de l’huile sur le feu.
Officiellement, cet album sur lequel les frères Cavalera (comme son nom l’indique) jouent ensemble pour la première fois depuis ‘Roots’ est quelque chose de « spontané ». Mouais. Officieusement, cela ressemble surtout à une belle excuse pour relancer le buzz et servir de poste avancé pour une reformation de Sepultura désormais quasiment acquise. Le jugement peut paraître sévère mais ces onze morceaux sonnent tellement peu inspirés et forcés qu’on ne voit pas d’autres raisons valables justifiant l’existence de ce disque Kleenex, surtout qu’on y navigue entre ce qui ressemble à de mauvaises chutes de studio de Soulfly (« Inflikted ») et des pastiches involontaires de ‘Chaos AD’ (« Hearts Of Darkness »). La supercherie est encore plus flagrante lorsque le tempo s’accélère, comme sur « Sanctuary » où la production bien trop propre sur elle et un peu stérile de Logan Mader, ex-compère justement de Max au sein de Soulfly, ne fait que mettre involontairement en avant le côté redondant d’une musique en pilotage automatique total et plombée par de textes clichés à mort.
En fait, les seules choses qui sauvent ce qui ne ressemble au final qu’à un truc trop vite torché et sans réel saveur sont les solos de Marc Rizzo, dignes des grandes heures du thrash mélodique, et le seul titre composé par le guitariste reconverti ici bassiste Joe Duplantier du groupe Français Gojira (cocorico !) « Ultra-Violent ». Mais globalement, en comparaison de ce gros pétard mouillé, même le clone quasi-officiel de Sepultura que sont par exemple les Hongrois d’Extomorf sonnent plus inspirés, un comble !
Merci donc à Roadrunner d’avoir ainsi financé à perte un album uniquement dans le but de remettre une hypothétique reformation de-qui-vous-savez sur les rails. Mais bon, cela fait cher quand même la réunion de famille vous ne trouvez pas ?
"Inflikted" ou le premier album de l’année 2008 à faire ‘pschitt’.
Olivier Badin
|