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Christina Aguilera : Bionic
À l'encontre de (presque) toutes les modes, Christina Aguilera prouve quatre ans après Back to Basics qu'elle sait décidément bien s'entourer…
Dans le business florissant des divas pop, il y a les poupées qui font "oui oui oui", à qui l'on colle systématiquement le dernier producteur à la mode pour enregistrer des albums interchangeables "au son furieusement actuel" (comprendre "à l'espérance de vie à peine plus longue que celle d'un moustique"). Et puis il y a Christina Aguilera. Et alors que Britney, sa rivale de toujours, fait du pied à David Guetta depuis l'incommensurable (et pour tout dire, incompréhensible) succès du vomi digital "I Gotta Feeling" des Black Eyed Peas, la New-Yorkaise prend le contrepied total et recrute pour son quatrième album la crème de l'indé, rayon "girl power" : Santigold, Le Tigre, Peaches, Ladytron, Sia et M.I.A (sans parler de Goldfrapp, coupée au montage). Un line-up qui a de quoi faire baver le plus viscéralement anti-MTV des lecteurs des Inrocks, même si la chanteuse – pas tout à fait stupide non plus – a convoqué dans le même temps quelques francs-tireurs des charts pour s'assurer une bonne assise commerciale (Pollow Da Don, Tricky Stewart ou le protégé de Dr. Dre, Focus – ainsi que l'incontournable Linda Perry, invitée à revenir en deuxième semaine après avoir coécrit à elle-seule la moitié de Back to Basics).
C'est cette bicéphalie contre nature qui donne à Bionic tout son charme un peu bancal : à côté de gros tubes industriels savamment calibrés pour les ondes (les deux premiers singles "Not Myself Tonight" et "Woohoo"), on retrouve une poignée de collaborations qui fleurent bon l'artisanat. Hélas – trois fois – hélas, après avoir brillamment imposé ses choix artistiques durant tout le processus de création (et on salivait d'autant que les invités sortaient des sessions en louant les uns après les autres l'authentique curiosité, le talent et le professionnalisme de leur hôtesse), il semblerait bien que Ms. Aguilera se soit un peu dégonflée au moment du montage final : seuls Le Tigre (feat. Peaches), M.I.A. et trois morceaux de Sia sur cinq ont survécu à l'impitoyable final cut, le reste du casting "indie" se retrouvant relégué au rang de CD bonus pour édition deluxe (voire, dans le cas de "Little Dreamer", de bonus iTunes exclusif), victimes de leur bizarrerie. Ce sont pourtant, vous vous en doutez, ces titres-ci qui présentaient le plus d'intérêt (avec quelques franches réussites comme le "Monday Morning" de Santigold). Ainsi, à la place du délicieux hybride qu'il promettait d'être, Bionic se révèle au finish être un bon album de pop aromatisé indé. Ou comment la révolution n'a pas eu lieu.
Difficile pour autant d'en vouloir à la belle qui n'a jamais promis autre chose qu'un nouvel album de son cru (et en cela, la réussite est totale). Certes, Bionic aurait pu être ce gros fuck à l'industrie qu'on attendait tous, mais Christina Aguilera est trop intelligente pour se saborder de la sorte sur un caprice underground. Et de ressortir derechef le string et les cuissardes…
Michael Rochette
Michael Rochette
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