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Coeur de Pirate : Blonde
Coeur de pirate terminait son premier album éponyme sur un fondu au noir. Cette technique, habituellement confinée au cinéma, laissait présager une nouvelle séquence, un nouvel acte à venir. Après deux ans d'attente, c'est chose faite avec Blonde.
Les flirts fleur-bleue post-adolescents ont fané, les amours naviguent à vue et la chanteuse Béatrice Martin ne veut plus être la "blonde" de quelqu'un sans certaines prérogatives. Une fois n'est pas coutume, c'est en tombant que l'on apprend à marcher. La rupture, une leçon de vie ?Alors qu'il était plus que probable que Blonde reprenne là où le premier album s'était achevé, l'introduction, un brin déroutante, casse avec l'univers nostalgico-bucolique des débuts et entame les hostilités avec une chorale. Entrée en matière christique chantée par les chœurs des enfants de Laval appelant à "lever les voiles", prendre une autre direction, destination inconnue. La crucifixion de l'amour avec un grand A peut commencer.La chanteuse de Cœur de Pirate vient d'avoir vingt et un ans et, toute jeune fille qu'elle est, elle abandonne le monde des contes et autres amours féeriques pour une immersion à grand coup de déceptions dans une réalité brute. Tout le monde descend. Le prince d'antan est devenu un beau salaud(Adieu), le baiser du héros de la belle au bois dormant ne réveille plus personne (Ava, Golden Baby), l'éternité promise évaporée dans des relations sans lendemain (Saint Laurent, Danse, Danse) et le ils-se-marièrent-et-eurent-beaucoup-d'enfants connaît une autre fin alternative plus sombre et fataliste (La petite mort, Les Amours dévouées).Dans ce royaume enchanté en négatif, la nuit est le décor ambiant à toutes ces histoires ratées. Avec une carte platinium grand voyageur chargée à bloc de miles par des aller-retour constants entre la France et le Québec, Coeur de pirate semble souffrir de ces va-et-vient et des amours longues-distances. Paris est un spleen baudelairien, la scène du crime, celle où la solitude est reine et les garçons de beaux salauds. Un des titres les plus poignants est Place de la République. Après un piano-voix vibrant de fragilité, un orchestre à cordes rejoint la mélodie pour une montée crescendo émouvante poussant à mesure qu'elle se rapproche de la Place de la République pour une séparation douloureuse.Entre les deux albums, Béatrice a traversé en diagonale l'Amérique le temps d'un EP pour un projet musical nommé Armistice en duo avec son petit ami de l'époque, le musicien Jay Malinoswski. Suite à ce mini-album émerge une nouvelle écriture, des mélodies à la guitare et des effets sur les instruments et la voix. En plus du titre Verseau relatant l'enregistrement d'Armistice avec cet amoureux versatile et torturé, Béatrice garde pour ses propres chansons cet univers vintage, tremolo et reverb de la pop américaine des sixties qui donne un swingue fringuant à Danse, Danse ou à Adieu. La production signée par Michael Rault est luxuriante, parfois consciemment catchy comme avec les cris d'enfants et les faux violons à faire blêmir le générique de princesse Sarah sur Golden Baby.D'autres titres comme Loin d'ici ou Verseau sonnent comme un bon Dean Martin d'époque et pourraient être la bande originale d'un remake québécois de la série Happy Days avec comme cadre un dinner de Montréal appelé Les Jours Heureux (avec l'accent) où Fonzy et sa bande mangeraient la meilleure poutine de la région.Un album sur la rupture, sur les différents états ressentis par une futur ex-blonde de quelqu'un et les étapes traversées, de forte à fragile, d'amazone sauvage traitant son ex de précoce ("tu fais l'amour en deux poussées") à la désespérée cherchant simplement l'amour dans les yeux d'un garçon et de petite fille à femme. Blonde est travaillé, intelligemment écrit, émouvant et musicalement riche comme si les arrangements essayaient de combler une solitude tenace et difficile à palier. Il semble si loin le temps où l'Amour avait un grand A. Cœur de pirate, un hymne rare au romantisme.Dicky le Canard
Dicky Le
Dicky Le
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