|
Corneille : Les inséparables
Devenu père, Corneille s'est fait pousser des ailes musicales avec lesquelles il s'est envolé vers d'autres horizons, plus reggae, hip-hop ou R&B américain. Un voyage aérien et énergique qui pourrait bien lui offrir un second souffle.
Le problème avec les chanteurs de pop-R&B, c'est qu'on a parfois du mal à ne pas les réduire à leur premier succès. Peu nombreuses sont les stars qui, comme Britney Spears, se sont offerts un Gimme More ou un Toxic après un succès mondial tel que Baby One More Time. Si je vous dis Corneille, vous me répondez? Parce-qu'on vient de loin! Mais la sublime ballade qui nous a fait découvrir ce jeune et beau métisse canado-rwandais a déjà… presque dix ans! Entre temps, le jeune homme est devenu un homme tout court et un artiste prolifique avec, aujourd'hui, cinq albums à son actif, dont un en anglais. La question qui se pose alors est: quelle est l'identité musicale de ce chanteur-là? En dehors de son timbre de miel et de son groove naturel, qu'est-ce qui fait sa différence avec le reste de la faune des chanteurs à voix?Ce nouvel album, s'il obtient le succès mérité, pourrait bien répondre à cette question et provoquer le virage attendu dans la carrière de celui qui a emprunté son nom à l'une des plus belles plumes françaises et qui possède, aux yeux de tous, un énorme capital sympathie. Mais parce qu'il faut plus que d'être gentiment apprécié pour réussir sa musique, Corneille a découvert une nouvelle vibe ces deux dernières années. Lui, l'explique par la naissance de son fiston, qui a un an et demi. Une nouvelle ouverture d'esprit, une envie d'aller vers l'autre parce qu'un jour, l'autre construira ce monde dans lequel sa progéniture va grandir. Ce qui est certain, c'est qu'on entend ici une maturité éclatante, qui lui a permis de franchir de nouvelles frontières musicales et d'ancrer son art dans quelque chose de véritablement universel.Le canadien a largement puisé dans la tradition R&B de son Amérique du Nord, plutôt que les sempiternels piano-guitare-voix de la chanson française. Grand bien lui a pris! Dans son titre d'ouverture, L'espoir en stéréo, il y a du Cunnie Williams, du John Legend et même une petite touche d'Usher. Celui qui a déjà chanté avec les plus grands, comme Craig David, a pris le meilleur du R&B américain et l'a transposé à sa sauce. Là où M. Pokora avait pêché par envie de trop en mettre, Corneille excelle en grâce et en finesse. Le génialement énergique Le jour après la fin du monde aurait pu être survocodé mais c'est avec sa voix de velours qu'il s'offre des effets. Les simples choses vient puiser dans des rythmes reggae et caribéens pour nous parler d'amour tout doucement. Une guitare world à la Christophe Mae rend hommage à notre belle capitale sur Quand Paris t'appelle alors qu'on continue dans le R&B de luxe avec Le bar des sentimentalistes et le plus engagé Les inséparables.C'est avec un immense plaisir qu'on ne retrouve pas vraiment le Corneille qu'on connaissait sur les ballades romantiques, qu'il emplit de groove son Dis moi que tu aimes, qu'il se fait funky sur Tous les deux et tendrement piano sur Tout ce que tu pourras, adressé à son enfant chéri. Mais les plus jouissives surprises sont celles des featurings. Après le succès du Meilleur du monde avec TLF, Corneille s'est tout naturellement tourné vers deux des plus mélodiques rappeurs français du moment: La Fouine pour un sensible Des pères, des hommes et des frères et Soprano avec le très positif Au bout de nos peines. Et le vrai talent de ces collaborations vient du fait qu'on dirait vraiment que les morceaux ont été écrits à quatre mains. Peut-être son album le plus réussi depuis Puisqu'on vient de loin.
Adeline Lajoinie
|