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Cradle of Filth : Godspeed On The Devil’s Thunder ( Roadrunner )
Ils me font marrer ces soi-disants puristes. Il faut dire que Cradle Of Filth fait une belle tête de turc : seul groupe dit de black-metal à être commercialement viable depuis plus de dix ans avec Dimmu Borgir, il fut souvent la porte d’entrée par laquelle de nombreux futurs suppôts de Satan de supermarché ont fait leurs premiers pas dans le monde des ténèbres.
Donc lorsque ces derniers veulent prouver que combien ils sont méchants, virils et surtout eviiiil, ces Anglais stakhanovistes (neuf albums en quatorze ans, sans compter les DVDs et les compilations) adeptes du second degré et des froufrous font une cible parfaite. Pour qui écoute Cannibal Corpse en mangeant ses corn-flakes le matin, il y aura donc ici de faire encore largement la grimace à l’écoute de ce metal à l’apparat certes toujours sulfureux mais plus si extrême que cela et qui n’hésite d’ailleurs pas à exécuter une parade amoureuse devant le grand public le temps d’une chanson ou deux.
Donc voilà à vos marques, prêts, partez : Cradle Of Filth, c’est caca, c’est nul, c’est pas bien parce que je suis un vrai de vrai moi Madame, gna gna gni gna gna…
Bon, ça y est, soulagé ?
Allez méchant soldat des ténèbres, maintenant que tu as fait ton caca nerveux, tu peux poser ta hache. Inspire, expire, assis-toi deux secondes et répète après-moi : le nouveau Cradle Of Filth est bien. Je répète : le nouveau Cradle Of Filth est bien. Bah tu vois quand tu veux, ce n’est pas si difficile que ça non ?! Surtout que dix ans après un ‘Cruelty And The Beast’ consacrée à la vie d’Elizabeth Bathory, fameuse princesse hongroise du XVIème siècle qui d’après la légende se baignait dans du sang de vierges pour préserver sa beauté, ‘Godspeed On The Devil’s Thunder’ nous refait le coup de l’album-concept articulé de la vie plus ou moins romancée d’un personnage historique. Et cocorico, c’est cette fois-ci l’un de nos illustres compatriotes, Gilles de Rais qui est célébré par nos amis vampires. Plus connu pour ses faits d’armes auprès de Jeanne d’Arc que pour sa mort par pendaison en 1440 après avoir été reconnu coupable de meurtres et de sorcellerie, ce noble avait des mœurs paradoxales : bien qu’adepte de la magie noire, il restait un fervent catholique. Pétri de contradictions, ce tueur-en-série qui aurait violé, torturé et tué plus de 140 ( !) enfants était donc parfait pour le rôle…
Avec de nouveau l’acteur anglais Doug Bradley (l’interprète de ‘tête d’épingle’, le méchant de la saga ‘Hellraiser’ signée par Clive Barker) en guise de narrateur, une musique qui retrouvé des accents bien énervés comme on en avait pas entendu chez Cradle depuis au moins trois albums et surtout une ambiance très réussie de film d’horreur, ‘Godspeed’ fait fit des éternelles problèmes de line-up du groupe et prouve que plus de dix-sept ans après sa formation, COF reste pour le meilleur et pour le pire dans le trio de tête des groupes de black qui compte. Après, si l’on veut chipoter, on pourrait pester contre un disque presque trop dense (soixante-et-onze minutes, soit presque quinze de trop) qui devient même double si l’on compte l‘édition limitée disponible dans un superbe digipack. Mais pour une fois que l’on peut se plaindre du trop plein de générosité d’un groupe de metal extrême…
Olivier Badin
Olivier Badin
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