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Dave Gahan : Hourglass ( EMI )
"Paper Monsters", premier opus solo du chanteur de Depeche Mode, avait laissé un curieux goût dans la bouche. Un sentiment d’inachevé, une impression d’ennui. Ce second album de Dave Gahan apporte davantage de satisfaction.
Après le surestimé retour de Depeche Mode avec "Playing The Angel", "Hourglass" présente une écriture approfondie, appuyée par Christian Eigner et Andrew Phillpott. Gahan explore des contrées « éléctroniriques » dont il avait déjà distillé quelques échantillons à l’intention de ses fans sur l’Internet. Entre textures mécaniques et impulsions organiques, le disque ausculte des tempos lents et vaporeux et abonde d’ambiances narcotiques et fuligineuses.
L’album ouvre avec « Saw Something », chantée avec retenue par un Gahan empreint de morosité. Cette tristesse lancinante est accrue par la présence de nappes de violons et violoncelles. Le leader de Depeche Mode a conservé ce morceau, écrit à l’époque de "Playing the Angel", et a choisi de l’interpréter seul. Gahan ne se détache que rarement de la sempiternelle étiquette « Depeche Mode ». Quand il ose, son timbre méconnaissable prend une autre dimension et ravit les oreilles. Sur "Deeper and Deeper" , il crie sans relâche, jusqu’à se briser la voix. Cette prise de risque évidente s’avère payante et prédit une interprétation explosive en live. Après le rythme entêtant de "21 days" et la douceur soporifique de "Insobluble", Gahan nous replonge dans la noirceur avec "Miracles".
Tout comme sur "Paper Monsters", le thème principal de l’album est Dave Gahan lui-même et sa perpétuelle quête de rédemption, de vérité et de confiance. Tel "The Division Bell" de David Gilmour,"Hourglass" transpire de doutes, de regrets et d’amertume, doublés d’une force salutaire, qui gomme la faiblesse des textes.
Désabusé, Gahan réalise son disque sans doute le plus personnel, quoique peu surprenant. Malgré une composition musicale assez linéaire et conforme à "Paper Mosnters", les prouesses rythmiques de Chris Eigner parviennent à dynamiser l’album. Meilleures réussites, le cruel "Use you" et les trois titres finaux "Endless", A little Lie" et "Down". "A little Lie" livre une sublime mélodie langoureuse et torturée.
Gahan confirme son statut de chanteur émérite du paysage électro pop. Peu l’ont égalé depuis les années 1980. Mais on regrette que l’artiste se cantonne au cadre strict de la chanson ambiancée. L’accumulation de titres relevant de ce seul registre limite de facto le pouvoir d’impact du disque. Le soin apporté à la réalisation n’y change rien. Par moments, l’ennui guette encore.
Éloïse Bouton
Eloîse Bouton
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