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Deportivo: Ivres & Débutants
«Il faut être toujours ivre. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules, il faut s’enivrer sans trêve. De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous !». Ce n'est pas du Deportivo, c'est du Charles Baudelaire, mais voilà qui correspond parfaitement au credo du trio des Yvelines pour ce troisième album.
Le temps qui passe est abordé dans de très nombreux textes, caressant d'une langue française bien maîtrisée le sentiment de fuite en passé plutôt qu'en avant. « Rejoue quand même au jeu absurde des gloires fanées » sur « Rejoue Quand Même », ou « Que doit-il donc advenir des mirages une fois l'illusion passée ? » sur « Le Bruit Que La Vie Fait », sont des exemples parmi tant d'autres de vers évoquant cette nostalgie, cette amertume, retranscrites parfaitement par la voix nonchalante de Jérôme Coudanne, qui a tout de même une fâcheuse tendance à reproduire encore et toujours les mêmes lignes de chant depuis « Parmi Eux », le premier album. Ce qui a changé depuis cet opus révélateur, c'est la fougue du combo. Finis les amplis dans le rouge, les poignées d'accord à la Nirvana et le débit de paroles tendu comme un string. L'ambiance n'est plus écorchée et s'est beaucoup raffinée sous la houlette de Gaëtan Roussel. Le frontman de Louise Attaque, qui cartonne maintenant en solo et a déjà travaillé comme réalisateur avec Rachid Taha ou Alain Bashung, impose clairement sa patte sur cet album, à l'instar du titre éponyme, qu'il a co-écrit et qui contient des loops et choeurs rappelant (trop ?) ses propres chansons. Résultat, Deportivo finit par sonner davantage variété qu'alternatif. L'écoute défile et on attend d'être pris à la gorge, qu'un riff de guitare assaille les enceintes et qu'un refrain vienne marteler les tympans. Mais ce moment ne viendra pas. On ira de surprise (le taping de guitare sur « Intrépide ») en grosse surprise (le dernier titre aux accents raggae « C'était Cool »). L'ensemble, sans être palpitant, s'avère donc très loin d'être déplaisant. Deportivo se fait efficace dans ses thèmes, comme celui de « Fais-Moi Comprendre » , qui ferait presque penser au générique d'un jeu vidéo, ou encore pendant l'intro de l'un des meilleurs titres de la galette, « Au Milieu », qui rappelle les débuts du combo. Les arrangements pullulent désormais (« Au Saut Du Lit »), et étonnent forcément à la première écoute. Ils interrogent même, le groupe ayant sûrement eu davantage intérêt à faire plus simple et efficace. Mais sans ambition, il n'y a pas de talent.
Sébastien Delecroix
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