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Dionysos : Monster in love ( Universal )
Tout commence comme dans un western mortuaire où le soleil de plomb et le sable séché devant le saloon auraient été remplacés par une nuit sans fin et un cimetière habité par des « funny fantômes » amicaux...
Rencontre avec Giant Jack, le premier monstre de cet opus qui sonne comme une légende rock déglinguée à ne raconter que lorsque la lune est pleine et l'ambiance inquiétante. Un mood musical digne d'un film de Tim Burton, où les violons cinglés tentent de faire peur et où la grosse horloge se balance jusqu'à nous faire trembler, soutenue par les hurlements sadiques de Josh Parish (producteur croque-mitaine à la réputation phénoménale depuis qu'il a travaillé avec Eels, PJ Harvey ou encore Dominique A). Suite de cette galerie monstrueuse avec l'histoire de Mister Chat, un homme métamorphosé en félin à cause d’une sorcière. Une comptine à coups de « dring-dring » et de klaxons accompagnée par une voix féminine envoûtante, un synthé marrant et un xylophone enfantin, le tout nous faisant comprendre à quel point il dur d’être un chat... Un monstre en cachant un autre, le western funèbre continue avec L'homme qui pond des œufs et ses airs folks échappés d'un saloon plein de remords glauques. Sur une route déserte, vient ensuite la rencontre avec Broken Bird. Un face à face énigmatique rappelant le Longboard blues du dernier album, en moins rock mais en plus profond grâce à une mélodie captivante, au banjo et aux violons pleurant ce vieil oiseau de malheur tout en nous accrochant l'oreille et en nous donnant envie de connaître la fin d'une si étrange chanson. Ballade poétique façon « cow-boy » pour Miss Acacia, ni mielleuse ni piquante mais plutôt douce et entraînante, comme une petite danse au coucher du soleil sur un air de banjo. Puis tout se réveille : échappée de ses cartoons, Betty Boop met le rock en action pour s'en aller lutter, couverte de sang, contre Bush aussi bien que contre les « alcaïdistes monsters » irakiens ou afghans. Un rock punchy rappelant les Beatles et leur Revolution, sur fond de boîte à musique oubliée dans quelque maison hantée. Un mini-western livide après l'autre, on se coule peu à peu dans le nouvel univers magique au sein duquel Dionysos nous invite. C'est le cas avec Mon ombre est personne, chanson mélancolique et solitaire, enivrante comme peuvent l'être certaines ballades un peu mornes...Morne et fanée... L'impression que procure I Love Liou, morceau entièrement instrumental imprégné d'une véritable tristesse. Plein de charme, emprunt de sorcellerie, il est à l'image de cet album aussi effrayant et captivant qu'un conte des frères Grimm. Après une narration sinistre, retour à la vie avec Lips story in a chocolate river, la bouche rêveuse à l'idée de cette rivière digne du Charlie et la Chocolaterie de Roald Dahl. On ingurgite ce morceau sexy rock, « rentre-dedans » et survolté (notamment grâce au chant répétitif et doucettement agressif de Babeth), avec gourmandise et plaisir. Rendez-vous pour un bal digne d'une petite ville du Far West où régnerait un air de fête dans Tes lacets sont des fées : jolie jeu de mot pour un charleston amoureux. Un petit clin d'œil à Ennio Morricone dans Old Child où l'on nous emmène sur une route saturée et électrique, en duo avec le monstre à deux têtes des The Kills.Monster In Love, qui donne son titre à l'album, semble chanté depuis le fond d’un bar jusqu'à ce qu'un orchestre de desperados souffrant de vague à l'âme passe par là pour les besoins du morceau…Toutes ces chansons jalonnent notre voyage initiatique vers de grandes plaines tristes aux mille et un fantômes et aux mille et une légendes. Préfigurant la clôture de cet album fantastique, Midnight Letter tisse une toile mélodique pleine de tristesse autour d'une histoire murmurée par Mathias. Cette douceur exquise introduit La Neige : de la pop folk au galop rythmé sur laquelle souffle le vent tandis que le clocher du village encense et immortalise, avec pudeur, une mère disparue qui a bien du mal à se faire oublier.Pour un Western sous la Neige enfin, chevauchée fantasmagorique dans un monde dont Monsieur Jack serait le roi, les santiags reluisantes et le chapeau noir de cow-boy sont plus que jamais de rigueur. Plus pop folk que franchement rock, cet amour d’album est un monstre qu'il convient d'adopter d’urgence afin de peupler nos oreilles de séduisants cauchemars. Monsters In Love... et il n'y a pas qu'eux !
Alexandre Blomme
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