|
Drake : Take Care
Drake, c'est souffre depuis longtemps du syndrome "jeune premier". Ultra présent sur les morceaux des autres, enthousiasmant sur ses tapes, il a déçu avec un 1er opus caméo à l'écœurement. Le 2nd album est celui où l'on enfin apprend à connaitre le Mc-chanteur, plus dark et plus seul, du coup, mais plus vrai.
On savait finalement très peu de choses sur Drake jusqu'ici. Gangsta lover en vogue depuis 4-5 ans, l'ex-acteur canadien à la gueule d'ange est arrivé en 2009 comme le petit protégé de Lil Wayne, signé sur Cash Money et braquer de luxe de tous feats: Off That avec Jay-Z sur Blue Print 3; Digital Girl RMX avec Jamie Foxx, Kanye West et The-Dream, Forever avec Kanye West, Weezy et Eminem, The One avec Mary J Blige… Aubrey Graham Drake s'est fait connaitre dans son froid Canada son rôle de Jimmy Brooks dans la série Degrassi: The Next Generation. Attiré par le rap depuis toujours, il sort en 2006 sa 1ère mixtape, Room for Improvement, qui buzze bien comme il faut grâce à MySpace. 2007, nouvelle mixtape et augmentation du buzz avec Comeback Season. Son style est étonnant: il rappe gangsta aussi bien qu'il chante du R&B doucereux. Et il jongle avec ces deux flows avec une élégance rare au sein d'un même morceau. Lil Wayne est le 1er à lui mettre la main dessus en le faisant poser sur un remix de son titre Man of the Year. Uniquement à la force du buzz, Drake est alors le 1er rappeur canadien non signé à avoir un single et un clip dans le top ricain. 2008, nouvelle mixtape, Heartbreak Drake. Et un EP, So Far Gone, en 2009.Celui qui se vante d'être devenu riche en une seule mixtape (So Far Gone) sort son 1er album en 2010, Thank Me Later. Et là, c'est un peu le drame. Ca dégouline de featurings de partout et on finit par se lasser de sa voix nasillarde bien trop vocodée et du continuel jonglage entre ses complaintes R&B au refrain et son rap accéléré au couplet. On a l'impression d'être invité à une grande fête un peu trop bling bling avec Alicia Keys, Jay-Z, Nicki Minaj, Swizz Beatz, Young Jeezy, Trey Songz… Là, comme on peut le voir sur la pochette, Drake s'est offert un gentil petit coup de blues. De ceux qui touchent les jeunes gens qui ont eu tout trop vite. Le jeune homme que tout le monde qualifie de "trop gentil" semble s'être quelque peu perdu dans ce monde qui brille un peu trop pour lui. Avec ses potos Noah "40" Shebib et T-Minus à la production, il recréé l'ambiance de ces fêtes où l'on se sent étranger, mal à l'aise, sans bien comprendre pourquoi tout le monde s'amuse et pas nous. C'est le cas sur le titre d'ouverture, Over My Dead Body, sur le très rap Under Groung Kings, sur le plus jazzy Cameras ou sur le bien nostalgique Doing It Wrong qui invite StevieWonder à l'harmonica.Les fêlures de l'artiste sont enfin visibles et, avec elles, son humanité prend de la profondeur. Contrairement au précédent, chaque morceau s'inscrit ici dans une belle cohérence du tout. Et les invités (moins nombreux mais toujours aussi prestigieux) apportent, cette fois, non pas du bling en plus mais une vraie pierre à l'édifice. Le bien trop rare André 3000 vient apporter son petit grain de folie à la ballade R&B The Real Her. Lil Wayne apporte une tension supplémentaire au morceau HYFR qui débute déjà par une accélération impressionnante u flow de Drake. Nicki Minajapporte son flow caméléon à un Make Me Proud irrésistible avec son gimmick de bégaiement alors que Rihanna se fait plus tendre et profonde que jamais sur Take Care. On regrettera quelque peu l'omniprésence du vocoder qui pourrissent un peur des titres comme Headlines alors que d'autres, plus nus et acoustique, comme le lancinant Cameras ou le funky Lord Knows feat. Rick Ross, permettent de perdre toute la mesure de l'immense talent de ce rappeur gentiment torturé.Adelin Lajoinie
Adeline Lajoinie
|