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Eminem : Recovery ( Universal )
Un an seulement après une spectaculaire "rechute", Eminem prétend aller beaucoup mieux et clôt son diptyque sur une magistrale leçon de rap.
Eminem est de ces artistes maudits incapables de pleinement se réaliser sans que toute la merde du monde se jette sous leurs semelles. Il n'y a qu'à le voir au début de sa carrière, en train de se débattre avec une trinité œdipienne bien chargée réunissant sa mère, sa femme et le traditionnel fantôme d'un père absent poussant le cynisme tragique jusqu'à lui transmettre son propre nom avant de l'abandonner deux ans après sa naissance (Eminem est le troisième d'une lignée de Marshall Mathers). En 1999, Eminem a donc les boules, ce qui insuffle à son rap une rage inédite et un humour d'autant plus ravageur qu'il ne représente que la politesse du désespoir. Assénés à la suite comme des coups de massue, le Slim Shady EP et le Marshall Mathers LP révèlent alors au monde l'artiste torturé et son alter-ego psychopathe, Slim Shady. Désormais installé mais maintenu sous perfusion par une rogne tenace contre l'establishment Bush, le rappeur signe encore en 2002 un brûlot hargneux et convaincant avec son Eminem Show, mais se prend les pieds dans le rideau au moment du rappel ("Encore" en V.O.). Cinq ans après ce dernier album en demi-teinte et un vrai/faux départ en préretraite, c'est le retour en grâce pour Eminem qui exorcise sur un Relapse au titre ironique ("rechute") son combat contre une addiction aux somnifères et – surtout – la mort par balle de son meilleur ami Proof à la sortie d'un club de Detroit.
Ce qui nous amène aujourd'hui à ce Recovery qui arrive sous les meilleurs auspices. Annoncé un temps comme un Relapse 2 (tandis que le Relapse: Refill sorti en décembre dernier faisait office de "1.5"), ce septième album ne pourrait pas être plus différent de son prédécesseur : d'où peut-être son nom en négatif, le "rétablissement" après la "rechute". Ça commence d'abord par un drastique changement du personnel : si Relapse était exclusivement confié aux bons soins de Dr. Dre, la convalescence a mobilisé un staff entier d'experts divers et variés qui conférera à l'album sa diversité – et dans une certaine mesure son inégalité. Mais loin de miner l'ensemble, la présence de prods un peu casse-gueule (dont certaines signées Eminem himself) force le rappeur à déployer toute l'étendue de son arsenal technique, comme sur un "No Love" bancal confectionné à partir de morceaux du "What is love?" d'Haddaway, où on le soupçonne de n'avoir invité Lil Wayne (autoproclamé "Best Rapper Alive") que pour lui infliger une grosse déculottée publique. Au top de son game, Eminem tord le temps et l'espace pour les adapter à son flow et livre au fil de ces dix-sept titres ce qui est certainement à ce jour la meilleure prestation de sa carrière. Roué de punchlines et de phases élastiques dès l'introductif "Cold Wind Blows", l'auditeur est projeté dans les cordes d'entrée de jeu et n'en ressortira que sur l'ultime K.O. du morceau caché sans titre, non sans avoir encaissé quelques directs de la trempe de "Talkin' 2 Myself", "Won't Back Down" (feat. Pink), "Cinderella Man" ("L'Homme Cendrillon" qui veut bien dire ce qu'il veut dire), "So Bad" (le seul son de Dre, bien à l'ancienne) ou "Love the way you lie" (feat. Rihanna, en aussi bonne forme que Pink).
Enfin, dernier signe "encourageant" de rétablissement : le premier single extrait de l'album, "Not Afraid", qui pour la première fois dans la carrière d'Eminem n'est pas un titre "comique", comme l'ont été "My Name Is", "The Real Slim Shady", "Without Me", "Just Lose It" et "We Made You" (tous des premiers singles de leurs albums respectifs). D'ailleurs, single ou pas, Recovery n'en comporte aucun. Un clair manque pour les fans du côté loufoque du rappeur mais un vrai indicateur de maturité.
Michael Rochette
Michael Rochette
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