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Gorillaz : The Fall ( EMI )
Des morceaux de Damon Albarn accompagnés d'un dessin de Jamie Hewlett suffisent-ils à faire un album de Gorillaz ? Probablement, oui…
Pour ceux qui auraient loupé un train, petit rappel : durant tout le mois de décembre, Gorillaz a tenu un calendrier de l'avent (gorillaz.com/xmas) où les fans pouvaient trouver pêle-mêle des vidéos de coulisses de la dernière tournée, les animations inédites projetées durant cette même tournée, des jeux, des masques à découper, une poignée de magnifiques fonds d'écrans et une série de photos énigmatiques, postées sans la moindre explication ; le tout avec la promesse d'une belle surprise au bout du décompte. C'est ainsi que le 25 à minuit, le monde découvrait The Fall, un album de Gorillaz 100% nouveau, en streaming gratuit pour le commun des mortels et en téléchargement exclusif pour les membres du fan club. À l'ère du tout dématérialisé et de la transmission éclair, Damon Albarn flingue donc les chaînes de production traditionnelles : en réalisant l'intégralité de l'album sur son iPad et en le mettant à dispo sur le net dans la foulée, il réinvente l'économie locale – directement du producteur au consommateur – seulement à une échelle mondiale (et gratuite).
Composé sur la route durant la branche américaine de la gargantuesque tournée "Escape to Plastic Beach", The Fall avait pour fonction première d'occuper Damon Albarn pendant les nombreux temps morts qui ponctuent ce genre d'entreprise. Bricolé le nez contre la vitre du tour-bus et l'iPad sur les genoux, ce pas-tout-à-fait-quatrième album est un recueil de vignettes prises sur l'instant ; un journal de bord qui se contente de porter le nom de la saison qui l'a vu naître ("fall" = "automne") et dont les titres ne servent pour la plupart que de repères géographiques ("Phoner to Arizona", "Detroit", "Snake in Dallas", etc). Plus proche du bidouillage électro que de la pop malicieuse qui a forgé la légende de Gorillaz, les quinze plages évocatrices de The Fall appellent au vagabondage de l'âme dans des versions idéalisées des grands espaces américains ; sur la route avec le groupe, comme dans le fameux clip "Star Guitar" des Chemical Brothers, chaque poteau est un beat, chaque ligne électrique une modulation, chaque embouteillage une baisse de tempo, chaque feu rouge une respiration. Dans leurs versions téléchargeables, les mp3 sont d'ailleurs tous encodés avec une photo souvenir (comme celles qu'on trouvaient dans le calendrier de l'avent), censée compléter le morceau…
Comme la saison qui lui donne son nom, The Fall est donc un album contemplatif et mélancolique qui ne s'interdit pas quelques épisodes ensoleillés. Connu pour la précision diabolique de ses confections, Gorillaz surprend ici en se laissant aller à une certaine spontanéité. Avec des titres enchaînés constituant les différents mouvements d'une même pièce unitaire et l'absence volontaire de single, Damon Albarn est plus à mi-chemin dans sa démarche d'un Monkey ou d'un Democrazy (recueil de démos sorti uniquement en vinyle dans lequel on peut trouver une version primitive de "Dirty Harry") que d'un album de Gorillaz stricto sensu. Qu'à cela ne tienne, si, comme annoncé, The Fall sort en version physique courant 2011, il ira immédiatement compléter la collection des fans de ce projet décidément toujours aussi excitant…
Michael Rochette
Michael Rochette
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