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Guns N’ Roses : Chinese Democracy ( Universal )
Voilà 14 ans qu’on l’attend, ce foutu Chinese Democracy. Alors, énorme bide ou retour flamboyant d’un des plus importants groupes de rock de tous les temps ? C’est parti pour l’autopsie.
Il s’en est passé des choses depuis l’annonce de Chinese Democracy, en 1994. Epuisé par une monumentale tournée mondiale (192 dates éparpillées sur 27 pays), Guns N’ Roses s’est rapidement retrouvé confronté à d’innombrables luttes d’ego qui aboutirent à sa dislocation en 1996. Agacé par la prise de pouvoir d’Axl Rose, le mythique Slash décide alors de quitter le navire en entraînant avec lui Duff McKagan et Matt Sorum. Ils iront très vite fonder le all-star band Velvet Revolver. De son côté, Axl peaufine tranquillement son nouvel album, engageant à tour de bras un grand nombre de musiciens qu’il dégage pour la plupart au bout de quelques prises. Année après année, le disque devient une gigantesque blague dans le microcosme rock et même au-delà puisque Dr Pepper, le géant américain du soda au goût médicamenteux, promet une canette à chaque Américain (sauf les guitaristes Slash et Buckethead) si Chinese Democracy sort avant la fin 2008. Impossible de savoir quel impact a eu cette publicité sur la sortie inattendue de l’album. Quoi qu’il en soit, difficile de croire qu’on tient enfin la galette entre nos mains.
Avec une création aussi rocambolesque que chaotique (les sessions se sont succédées dans 14 studios différents), on s’attendait logiquement à une parodie de Use Your Illusion de la part d’un groupe qui n’en est plus vraiment un. Pourtant, il subsiste dans les entrailles de Chinese Democracy l’essence même de ce que fut, est et sera toujours Guns N’ Roses. D’entrée de jeu, le titre éponyme s’impose comme le Welcome To The Jungle du 3ème millénaire. Porté par un riff incisif, « Chinese Democracy » ouvre les hostilités avec une fougue et une envie d’en découdre qui rappellent les débuts de la formation, une époque où le gang alors affamé de succès écumait les clubs de Los Angeles. Mais ce voyage au fin fond de la démocratie chinoise (un titre d’album malheureusement toujours aussi cynique 14 ans après son annonce…) n’est pas uniquement passéiste. Il apporte son lot de nouveautés et de bonnes idées : guitares industrielles sur « Shackler’s Revenge », intro limite R’n’B sur « Better » ou encore une impressionnante montée symphonique sur « There Was A Time » et l’incroyable « Madagascar ».
Venons en à l’essentiel, c’est-à-dire les guitares. Slash est bien entendu irremplaçable et son feeling bluesy est quasiment absent de l’opus, mais il est impossible de nier le travail d’orfèvre concocté par les différents guitaristes qui se succédèrent pendant l’enregistrement. Les solos sont omniprésents et, surtout, arrivent à conserver le côté émotionnel propre aux Guns. Les sentiments avant la technique, en somme, pour un rendu aussi touchant que mélancolique. Enfin, si la voix d’Axl Rose a perdu de sa superbe en live, elle reste à un très haut niveau tout au long du disque, parvenant même à des sphères jamais atteintes, notamment sur la perle soul « If The World » ou encore la larmoyante ballade « This Is Love ». Oui, Chinese Democracy a mis 14 ans à naître, mais quel amateur de rock renierait un tel enfant ? Il paraît que les petits frères arriveront avant 2012… On peut donc raisonnablement tabler sur un prochain album pour 2020, ça nous laisse le temps de déguster cette magistrale cuvée 2008.
Thomas Mafrouche
Thomas Mafrouche
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