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Higelin : Coup de foudre ( EMI )
Grand monsieur de la chanson, Jacques Higelin s’offre un pêle-mêle tout sauf cacophonique de tout ce qu’il aime dans la musique. Un coup de foudre partagé.
Vagabond citadin, Jacques Higelin aime les voyages et nous a emportés dans tous les siens depuis près de quarante-trois années, d’une manière toujours joyeusement chaotique. Une carrière aussi longue ne pouvait que connaître des tonnes de hauts et de bas. Mais Higelin n’a jamais lâché le micro. Après un retour en force en 1988 avec Tombé du ciel, il souffre d’un petit passage à vide (même si ces concerts-marathon restent des rendez-vous incontournables pour tous les fans) dont il sort en 2006 avec le très bel Amor Doloroso. Quatre ans plus tard, il a fait appel au même producteur, Rodolphe Burger, pour construire son 17ème opus (ou 18ème ou 19ème, on s’y perd). Mais cette fois, il s’offre une immersion complète en terrain étranger pour trouver l’inspiration. J’ai nommé Sainte- Marie-aux-Mines, dans les Vosges, au sein de la ferme de la famille de Rodolphe.
C’est ici que, durant des semaines, lui et ses musiciens ont investi un grenier presque magique, sur la porte de laquelle la devise « ne jamais s’endormir » était notée. Pas vraiment nécessaire, la montagne ni la campagne n’ont réussi à endormir ce fou chantant de 69 ans. Et, avec l’aide de Burger et Dominique Mahut à la production et des invités de prestige tel le trompettiste de jazz Erik Truffaz, Jacques a étrangement retrouvé la folle énergie de ses expériences musicales des années 70. Il reprend d’ailleurs avec brio un titre sorti en 1976, Aujourd'hui la crise, sur son album Alertez les bébés. L’on retrouve très bien ici la force rock de l’artiste qui semble puiser sa nouvelle force dans les années passées. Sur des titres plus progressifs comme Output et Qu'est ce qui s'passe à la caisse ? Si le rythme est là, les textes ne sont pas en reste et sur ce dernier titre, le rebelle enragé fustige une société consumériste et aveugle aux autres. On trouve également des accents swing sur New Orleans et country via Bye bye bye.
L’on se sent immédiatement transporté par les douze titres, pour la simple et bonne raison que, même sur ces délires freestyle comme Août Put, la poésie est omniprésente. Ce choix si précis de chaque mot sonne à nos oreilles comme autant d’invitations à explorer des univers différents. C’est vrai,il n’existe pas de fil rouge entre les chansons. Non, on ne peut pas du tout parler de cohérence. Mais on aurait été déçu que notre « fada » préféré perde un jour son brin de folie, présente, par exemple, sur sa Valse MF. Ou son romantisme patenté. Ses ballades, Coup de foudre, J’ai jamais su, Egéries, muses et modèles, sont de petits bijoux de douceur où son cœur s’ouvre comme il ait si bien le faire, aux sentiments les plus forts. Son timbre cassé et plein de grain s’est à nouveau enrichi en force d’interprétation et ce Coup de foudre, pleinement partagé, sonne comme un retour, moderne, aux sources de cet Higelin généreux et souvent génial.
Adeline Lajoinie
Lajoinie Adeline
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