|
IAM : Saison 5 ( Universal )
Cela fait déjà plus de quinze ans que les marseillais d'IAM rappent et ils sont toujours aussi frais.
Leur cinquième opus, « Saison 5 », sonne plus comme le mythique « L'Ecole du Micro d'Argent » que comme leur album précédent, « Revoir Un Printemps ». Ce dernier faisait énormément appel aux grosses basses et les textes, très intellectualisés, avaient parfois un peu perdus les fans. «C'était plus un album cérébral alors que celui-là est plus viscéral car pensé, dès les maquettes, pour la scène» confirme Kephren.A contrario, Saison 5 offre un univers musical différent pour chacun des dix-sept morceaux. « Hip Hop Ville » utilise de vieux sample de rap old school, « Offishal » fait appel à du bon reggae dance-hall, « To The World » se teinte de soul, « Le Style de l'Homme Libre » introduit des rythmes asiatiques (hommage aux films de kung-fu dont ils sont fans) alors que Rap de Droite est un bon gros morceau de hip-hop avec des basses electro puissantes.Il semblerait qu'en partant, ces cinq dernières années, vers des projets solos, Akhenaton, Shurik'n, Kephren, Freeman, Kheops et Imhotep ont encore enrichi leur rap. Au niveau des textes, IAM a également gagné en rage et en urgence. Avec leurs métaphores bien senties, les MC pointent du doigt ces inégalités qui les font toujours hurler, comme l'explique Surik'n : «Quand on se rend compte que ce qu'on a écrit il y a plus de dix ans est toujours aussi valable, on se dit que l'urgence, on l'a dépassée. Quand j'écoute des morceaux d'ombre est lumière, je me dis qu'on est vraiment un pays de diplodocus. On n'avance pas.» Le groupe réagit aussi à un rap français qui semble faire du sur-place, plus orienté vers le son qui fait danser, avec une volonté de faire «comme aux States» plutôt que vers une musique qui parle aux gens. Une tendance qui énerve quelque peu Akhenaton : «On est passé d'une musique contestataire à une musique genou à terre. On a plié sous le poids du bling bling, on n'a pas su résister. On nous a fait croire que, pour être un bon rappeur, il fallait être méchant, comme aux Etats-Unis. Alors que la révolte, elle n'est pas dans l'aboiement, elle est dans le silencieux ». Inventant une cinquième saison rien que pour eux, les membres d'IAM confirme qu'ils sont toujours là et qu'il n'est toujours pas question qu'ils lâchent le mic'. Adeline Lajoinie
Lajoinie Adeline
|