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Ibrahim Maalouf : Diagnostic
Fils du trompettiste Nassim, de la pianiste Nada, neveu de l'écrivain Amin; l'avenir d'Ibrahim Maalouf prenait davantage les contours de l'artiste que de l'expert comptable. Mais le talent n'est pas inscrit dans les gènes et n'est rien sans travail. Premier prix de conservatoire, Ibrahim est aussi de l'école des bosseurs et des affamés d'univers musicaux variés.
Diagnostic est le dernier volet de la trilogie initiée par Diaspora (2007) puis Diachronism (2009), deux albums complexes où le jeune compositeur semblait tiraillé entre le classicisme de ses études, un bagage familial lourd à porter et son goût pour les musiques contemporaines. De cette montagne de contradictions naissait toutes sortes d'expérimentations passionnantes. Allongé sur la pochette de son dernier album comme sur le divan d'un psy, l'heure est au "Diagnostic" musical. Aucune raison de s'inquiéter, le représentant de la nouvelle génération des Maalouf est bien dans son art, en harmonie avec sa famille à laquelle il dédie tour à tour l'ensemble des morceaux de l'album, et résiste à sa façon aux cicatrices et aux souffrances de la guerre dont les stigmates balafrent Beyruth, sa ville d'origine. Histoire de ne pas faire les choses de manière conventionnelle, comme Ibrahim aime à s'y risquer, oublions Lilly le premier titre de Diagnostic et attardons nous sur la belle inspiration mélodique de Will Soon be a Woman. Nourrie d'un classicisme pop, peu virtuose mais cherchant la mélodie enivrante, il ajoute peu à peu des rythmes syncopés, une trompette discrète, quelques voix enchanteresses et un solo de violon tzigane, le tout avec un talent de musicien acrobate parfaitement à l'aise sur sa portée. Tout y est, tout ce qu'on peut attendre de la musique: le voyage sur des terres lointaines, le frisson provoqué par une production où rien ne manque et enfin, le Graal du musicien, ce petit air qui sonne comme une évidence et ne vous quitte plus. Ibrahim sait combien la musique passe par les sentiments et la sensualité, même dans un genre où la virtuosité est reine. Mais est-ce seulement du Jazz? Certains lui collent l'étiquette musique du monde, c'est encore le cloisonner à un genre bien trop petit pour lui. Certes le trompettiste n'a aucune frontière, mais il n'a pas plus de retenue et d'inhibition et n'hésite pas à mélanger les genres les plus contradictoires.Les trois dernières minutes des morceaux Beirut ou We'll always care about you en sont les exemples frappants avec des surprenantes sonorités métal. A croire que le conservatoire lui apprenait à la fois les staccatos de Mozart et les riffs de Led Zeppelin ou Metallica! Surtout, sa musique est empreinte de rythmes lourds très marqués hip-hop. En témoigne Oxmo Puccino offrant ses vers et son timbre si particulier au titre Douce. Ajoutez à ces couleurs musicales rarement associées un grand amour pour les sonorités venues des Balkans et de son extrême orient natal, un passage par la Batucada brésilienne et quelques airs de piano inspirés du répertoire classique. Ibrahim Maalouf nous invite à une rencontre avec Chopin, Tupac Shakur, Miles Davis, Goran Bregovic, Jimmy Page (et bien d'autres) pour un moment d'harmonie musicale que l'on n'oubliera jamais.
Cyril Trigoust
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