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Iggy Pop : Préliminaires ( EMI )
Toute histoire commençant par "c'est l'histoire d'Iggy Pop qui lit La Possibilité d'une Île de Michel Houellebecq et qui se dit qu'il va en faire un disque" était forcément condamnée à mal finir.
Oui mais voilà, à Iggy rien d'impossible et le vieil iguane, malgré une apparente dégénérescence précoce des neurones – non mais Houellebecq, on n'a pas idée ! – démontre une fois encore qu'il sait faire feu de tout bois, fût-ce dans ce cas-là d'un tas de cagettes abandonnées depuis trois semaines sous la flotte sur un quai à Rungis (attendez, Houellebecq, quoi !).
Donc pour faire simple : Préliminaires est un chef-d'œuvre. Et la première bonne nouvelle, c'est qu'il n'est pas obligatoire d'aimer Michel Houellebecq pour en apprécier toute la saveur – Dieu merci. Au vu d'une vie caractérisée par des excès en tous genres, il était déjà hautement improbable qu'Iggy Pop soit encore vivant aujourd'hui ; alors bien vieillir, imaginez ! C'est pourtant le cas. Et s'il est tout à fait légitime de rendre hommage à l'Iguane pour les multiples services rendus à la cause rock (au sein des Stooges ou en solo), il n'aura jamais été aussi bon que lorsqu'il s'est mis à crooner.
"Nightclubbing", sur The Idiot en 1978, était un signe avant-coureur ; l'inoubliable "In the deathcar" (co-signé par Goran Bregovic) sur la B.O. d'Arizona Dream fut le révélateur ; Préliminaires est la consécration. À la fois caverneuse et caressante, comme du granit habillé de velours, la voix d'Iggy multiplie les miracles sur les douze perles qui jalonnent ce disque d'une beauté inouïe, le sourire narquois toujours en coin pour éviter toute tentation de sensiblerie. Et combien de vieux rockeurs américains peuvent s'aventurer à reprendre "Les Feuilles Mortes" en français dans le texte sans se vautrer dans le dernier ridicule ?
Michael Rochette
Michael Rochette
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