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Jay-Z & Kanye West: Watch The Throne
Quand les deux plus grosses pointures du rap mondial créent un album en entier ensemble, il y a de quoi être bien impatients… ou bien déçus ! Après plusieurs écoutes Watch The Throne est définitivement une œuvre artistique très complexe.
Ça rassure toujours un peu de savoir que les stars sont des êtres humains presque normaux, avec leurs petits camarades de jeu préférés et ceux qu’ils apprécient beaucoup moins. Quand deux artistes décident de travailler ensemble, cela leur confère un petit supplément d’âme, comme s’ils descendaient, le temps d’une amitié, de leurs trônes divins. Kanye West et Jay-Z sont des amis, des vrais. De ceux qu’on voit souvent sur les photos people ensemble et qu’on s’imagine bien s’empiffrer de KFC devant le foot ricain quand leurs nanas sont parties faire du shopping. De quand est-ce que ça date ? Du 1er album sur lequel ils ont collaboré, The Blue Print, en 2001, qui a largement contribué à asseoir la notoriété de l’un et de l’autre ? Peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’aucun des deux poids lourds du hip-hop mondial n’avait besoin de susciter l’envie avec un projet commun. Le mari de la sexy en diable Beyoncé surfait encore sur les tubes de son génial The Blueprint 3, sorti en 2009, alors que Kanye West avait tout explosé via l’étonnant My Beautiful Dark Twisted Fantasy en 2010. Ça rassure aussi de se dire que, finalement, si le business prend une grande place dans leur quotidien, on dirait quand même qu’ils ont un peu fait ça juste pour le plaisir de kiffer entre potos. La preuve, sur les clips, on dirait de vrais gamins. Surtout sur le dernier, celui d’Otis, sublime morceau samplant le grand Redding, où l’on peut les voir habillés en ados street-wear qui se la jouent avec joie. Ce bonheur partagé, on l’entend sur chacun des titres. Difficile de leur reprocher d’avoir voulu faire du commercial. Watch The Throne, album le plus attendu de l’été (et disque rap suscitant le plus de désirs depuis janvier) est tout sauf une évidence. Les seize titres proposés partent dans tous les sens. Et, à la première écoute, on est un peu submergés par un océan de sons, de flows et de samples. Parmi les titres qui surnagent alors, on trouve Otis, dont nous avons déjà parlé, Lift Off avec Beyoncé, qui sent bon le sable chaud, Who Gon Stop Me, un hit-banger de luxe imparable, Why I Love You, samplant le I Love You So de Cassius, le planant et vocodé New Day samplant Feeling Good de Nina Simone et le bien technique Niggas In Paris. Il y a des titres qu’on déteste carrément, comme le 1er single H.A.M., trop évident, les feats avec Franck Ocean, No Church In The Wild et Made In America, le tout fou Welcome To Jungle produit par Swizz Beatz ou le tout doux Gotta Have It créé par The Neptunes. Mais, à la seconde et surtout la troisième écoute, ce sont finalement ces chansons-là qui paraissent, de par leur complexité, les plus intéressantes. On y rajoute le pop Murder To Excellence et The Joy feat. Curtis Mayfield et l’on se retrouve avec un petit bijou pas forcément cohérent, mais dont ne se lassera sûrement jamais.
Adeline Lajoinie
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