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Jay-Z : The Blueprint 3 ( Warner Music )
La carrière de Sean Carter aka Jay-Z a ceci de sidérant qu'elle n'a jamais été en stand-by, heurtant les sommets des classements à chacune de ses livraisons.
Agé de 40 ans, l'ex-dealer de crack des cité de Brooklyn est devenu le multi-millionnaire abonné aux hits, le businessman accompli, jamais en retard malgré le compteur des ans qui tourne, malgré les innovations musicales complexes qui se trament autour de lui mais qu'il retourne sans cesse à son avantage. Avec son huitième album, Jay-Z est encore premier, à une époque ou la quasi-totalité des vétérans de l'histoire du rap de son âge affichent visages lourdement avachis et productions à la traîne (à l'exception peut-être de Dr Dre). The Blueprint 3, huitième album du lascar, ne dément pas cette audacieuse ligne artistique bordée d'innovation.
Poussant ses producteurs dans leurs plus étroits retranchements, Jay-Z force l'innovation dès les premières minutes de cet opus en mode mutant. Retournant la plainte rapologique originelle en une myriade d'instants de bonheur à géométrie variable, il signe la revanche luxueuse et soignée de celui qui n'a ni à perdre ni à prouver, mais peut laisser libre cours à ses fantaisies, armé du sourire vengeur de celui qui contemple le monde depuis le sommet : « Je suis venu pour tuer une petite poignée de rappeurs, mais, mince, ils se sont tués tous seuls ». De fait, ce Jay-Z décomplexé qui n'a plus à se soucier du nombre de ses singles potentiels accouche paradoxalement d'une belle grappe de productions où se nichent les hits. A contre-courant, mais juste pour le plaisir, il se moque sur « D.O.A. » de l'auto-tune, ce petit plug-in dont le rap a fait son sauveur mais qui sert le plus souvent de cache misère, abîmant à peu près tous les singles du hit-parade depuis deux ans. Paradoxalement, c'est avec un saxophone sur-aigu et une batterie crade que Jay-Z signe, lui, son irrépressible single. Si les saillies pop aux côtés d'Empire of the sun ou de J. Cole ne sont clairement pas les habits qui lui vont le mieux (« A star is born », « What we talkin about »), l'essence de ce disque est à chercher en creux, dans les séismes rapologico-mainstream de « Real as it gets » ou de « Venus vs Mars », curieuse pâte sonore où de frêles roseaux harmoniques, figés dans des marécages d'infra-basses aussi épais que mouvants, subissent les assauts de vents électroniques aléatoires. Deux ans à peine après le pitoyable Kingdom Come dont rien ne parvenait à sortir, Jay-Z signe un pavé au-dessus de la mêlée, sérieux et décomplexé à la fois, frais et novateur dans un même mouvement, à l'image de l'électrique « Off that » ou du sommet « On to the next one », édifice supersonique aventureux dont la production futuriste, tirée des machines de l'ingénieux Swizz Beatz, préfigure à n'en pas douter le futur de la production mainstream internationale. Encore un coup de maître !
Thomas Blondeau
Thomas Blondeau
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