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Jesse Sykes & The Sweet Hereafter’s : Gentleness Of Nothing EP ( Fargo )
Avant de hurler un tonitruant « Marianne Faithful, sors de ce corps !!! » laissez-le au charme de Jesse Sykes le temps d’agir. Car au-delà de ces arrangements feutrés, de ce rock américain délicieusement retro 70’s, qui réussi un sacré grand écart entre les Cowboy Junkies, Leonard Cohen et Calexico mais sans jamais être tape à l’œil et délivré avec classe par son groupe attitré les Sweet Hereafter’s, il y a donc cette voix de grand-mère cassée murmurant ces mots comme lorsque l’on parle à son amant(e) endormi(e) à ses côtés à trois heures du matin.
Originaire de Seattle, représentative un peu comme Wilco malgré elle de ce son ‘alt country’ (‘alt’ pour ‘alternative, je ne sais cela ne veut rien dire) qui reste encore un OVNI de par nos vertes contrées, où l’on lui préfère le terme tout aussi évasif ‘d’americana’, et déjà responsable de trois albums dont le superbe ‘Like, Love, Lust & The Open Halls Of The Soul’ l’année dernière, Jesse Sykes chante comme un rescapé du bagne au crépuscule de sa vie. Sans affect, ni sens mélodramatique mais avec cet accent de vérité et surtout ce ton granuleux de ceux qui à qui la vie a foutu des tartes par paquets de douze.
Afin de fêter sa future venue en France le 6 Octobre prochain, où elle jouera à la Cigale accompagnée exceptionnellement d’une section de cordes, la belle nous fait le coup du maxi quatre titres (plus une piste vidéo) vendu uniquement via la mail-order de son label, Français justement (cocorico !). Le tout ne fait peut-être que vingt et une minutes et se range dans une simple pochette cartonnée mais nom de Zeus, il dé passe de loin, de très loin même, le simple statut de bouche-trou.
Plus qu’une simple extension de ‘Like, Love, Lust & The Open Halls Of The Soul’, il en reproduit l’atmosphère feutrée tout en accentuant la chaleur intimiste grâce à une coloration plus acoustique. En fait, â l’écoute de ‘Gentleness Of Nothing’, on a l’impression d’être au chevet d’un beau feu de cheminée un soir d’orage. Et même lorsque le morceau-titre laisse, dans sa seconde partie, les guitares et autres pedal steel se tirer nonchalamment la bourre au point de laisser traîner les ébats au-delà des neuf minutes, tout est toujours fait avec retenue et sans excès. En fait, Jesse Sykes fait de la musique comme Wim Wenders filmait les grands espaces du sud des Etats-Unis, avec un mélange de fascination et de mélancolie. C’est ce que l’on appelle donc une grande dame, alors chapeau bas Messieurs.
Olivier Badin
Olivier Badin
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