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Joey Starr : Egomaniac
L'expert de la maison-mère est de retour et il rugit plus hip-hop que jamais. Les crocs acérés, toutes griffes dehors, le jaguarr le moins docile du rap français continue dans son discours sans concession, rentre-dedans et toujours justifié. Le vrai retour de Joey Starr, c'est aujourd'hui!
Si l'on a beaucoup parlé de lui pour le rôle ô combien impressionnant de Fred, flic à fleur de peau de la brigade de protection des mineurs dans le film Polisse, il ne faut pas oublier que là où Didier Morille reste le plus ébouriffant, c'est quand il endosse le costard, toujours ultra bien coupé pour lui, de Joey Starr, le Mc au flow rugissant. Un peu trop rugissant ces dernières années, il faut l'avouer. On n'ose jamais trop trop critiquer Joey Starr, rapport à la légende qui l'entoure mais surtout à son caractère quelque peu… volcanique. N'empêche que depuis la fin du Suprême, ses performances ont parfois été trop dans les vociférations, que ce soit sur les compiles de son collectif B.O.S.S ou sur sa propre My Playlist by, qu'il a "ambiancé" avec beaucoup de cris, à la manière des sound systems. Le retrouver avec, enfin, un premier album solo, Gare au jaguarr, en 2006, deux ans après le Dernier Round de l'ami Kool Shen, a été une vraie satisfaction pour tous les fans. Parce qu'on y retrouvait toute sa morgue, sa folie et son énergie. Avec un côté super bordélique, quand même.On ne découvre pas un nouveau Joey Starr sur cet Egomaniac. Certes, il a quelques peu changé en cinq ans. Il s'est mangé des coups et en a rendu: il a reformé NTM pour cinq grands baroufs jouissifs à Bercy (review du concert disponible ici-même), grande tournée nationale (qui leur a valu une petite Victoire de la musique en passant) mais a aussi écopé de sept mois plein en 2009 pour "violences volontaires à coups de hachoir portés sur une voiture". Du "tourisme carcéral", comme il l'appelle, qui lui a permis de faire quelque chose de tout à fait nouveau pour lui: préparer un album! Pour la première fois, l'artiste qui était plus dans l'instant présent et l'improvisation est sorti de son incarcération avec presque toutes ses chansons de prêtes. Il a alors pris tout son temps pour construire son second solo avec le producteur toulousain Kimfu (en lieu et place de Dadoo). Au final, on se délecte de ces 17 titres plus engagés que jamais, au discours sans aucun compromis. Le félin tout en tensions a gagné en cohérence et c'est un opus plus harmonieux qu'il nous présente ici, sans jamais se départir de tout son mordant.Bien qu'écrit en majorité en zonzon, Egomaniac n'est pas du tout imprégné de l'univers pénitentiaire, à l'exception du premier extrait, Jour de sortie. Toujours "bad et bondissant", Joey excelle toujours dans les egotrips. Il se met en scène version JT dés l'intro sur Underground, reste ghetto avec le presque lo-fi Dans mon secteur, confirme qu'il a encore les dents longues sur le nerveux affamé et met la nouvelle génération à l'amende avec Degom sur l'un des meilleurs morceaux de sa carrière (si, si!), Hip Hop. Avançant toujours le poing levé, il remet les pendules à l'heure sur On paie pas feat. Fdy Penomen, donne la parole à son pote Olivier Besancenot sur l'interlude Appel à la résistance avant d'envoyer un message très direct au président actuel sur On te voit. Grand frère qui n'entend représenter personne pour autant, il traine encore et avec talent son Complexe du banlieusard et rappelle les limites de sa musique militante dans un génialement lancinant Mon rôle avec Oxmo Puccino.S'il n'aime pas vraiment rapper pour rien, Joey délire aussi comme personne. Il reprend les codes du rap des années 90 sur un dark-funky-groovy On N On feat. Nathy Boss zébré de scratchs bien old school et de samples de Ma Benz. Il faut se lever, avec ses étranges accents indo-orientaux, est un génial cartoon audio digne de Tex Avery mais sous des tonnes de substances plus ou moins licites, suite souriante de Cigarette piégée. On adore aussi celle de Carnival, Champagne, moins caribéen mais bien barré. Enfin, le Joey un peu plus tendre se révèle dans une nouvelle reprise. Après celle du Métèque de Moustaki, le rappeur s'attaque à un autre grand classique, le Mamy Blue de Nicoletta qui lui permet de faire son mea culpa envers sa môman et son ex-femme où il se fustige à grands coups de: "je risque de finir seul avec mon putain d'egoïsme. J'risque de finir tout seul avec mon putain de cynisme."Pour te paraphraser, Joey, quand "ça parle culture urbaine en faisant vibrer mes ovaires", moi, j'adhère!
Adeline Lajoinie
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