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Johnny Cash : American VI - Ain't No Grave...
Johnny Cash

Johnny Cash : American VI - Ain't No Grave

La série American Recordings du binôme Johnny Cash/Rick Rubin est avant tout une histoire d'amitié. Ce sixième volet en marque hélas la fin définitive (?).

On connaît le producteur Rick Rubin pour être le co-fondateur du label hip-hop Def Jam au milieu des années 80 (LL Cool J, Run DMC ou Licence to Ill des Beastie Boys, c'était lui). On le connaît aussi pour être le fondateur du label American, sur lequel s'illustreront plus particulièrement des groupes de metal comme Slayer ou System of a Down. On le connaît enfin en producteur-star après lequel court tout le gotha des charts (U2, Jay-Z, Shakira, Metallica, Linkin Park…), comme des fantômes affamés sur un PacMan sans défense. Ce qu'on sait moins, c'est qu'en invitant le vieux country-man de venir enregistrer simplement dans son studio un beau soir de 1994, Rick Rubin n'a ni plus ni moins offert à Johnny Cash sa rédemption. Escalier première classe vers le paradis.

Alors qu'il croupissait quelque part au fond du catalogue de son label historique, Columbia, qui ne prenait même plus le temps de sortir correctement ses disques, Rubin débauchera Cash pour enregistrer avec lui "des chansons qu'il aime, juste guitare/voix". De ces sessions naîtra le premier chapitre des American Recordings, finalement plus folk acoustique que country, qui vaudra au vieux chanteur la reconnaissance retrouvée de ses pairs ainsi que de toute une nouvelle génération de fans inconditionnels du producteur, attirés par cette collaboration atypique… et les reprises ! Car dans un souci d'ouverture, Rubin introduira Cash à des artistes plus différents les uns que les autres, parfois assez proches comme Leonard Cohen, Tom Waits ou Nick Cave ; parfois beaucoup plus éloignés, comme U2, Soundgarden, The Beatles, Depeche Mode et bien sûr le "Hurt" de Nine Inch Nails, dont la superbe vampirisation qu'il en fera sur American IV: The Man Comes Around représente pour beaucoup son chant du cygne.

Au fil des collaborations, l'amitié entre Johnny Cash et Rick Rubin croît, le producteur devenant malgré lui le témoin privilégié de la déchéance physique et morale du vieil homme, anéanti par la mort de sa femme June Carter Cash en mai 2003. Il ne lui survivra d'ailleurs que de quatre mois, s'éteignant à son tour en septembre de la même année, à 71 ans. Dans ce laps de temps, abattu par le chagrin et la maladie, Cash ne trouve la force de continuer que dans la musique et enregistre comme un forcené tant que sa santé – dangereusement chancelante – le lui permet. Rubin s'installera alors un temps à Nashville pour se mettre à disposition du chanteur et pouvoir l'enregistrer les jours où celui-ci s'en sent encore la force. Interrompues par plusieurs séjours à l'hôpital, ces sessions donneront au final les albums posthumes American V: A Hundred Highways (sorti en 2006) et cet inespéré American VI: Ain't No Grave, point final de l'épitaphe exhaustif que représente cette incroyable série.

Un sixième opus qui s'ouvre sur le morceau titre "Ain't No Grave", ultime poing brandi au visage de la mort ("il n'y a aucune tombe qui puisse retenir mon corps"), superbement hanté par le pas lourd de bagnards fantômes entravés de chaînes. Une des rares fantaisies stylistiques que se permettra Rubin sur cet album, autrement dominé par cette simplicité qui a toujours caractérisé les American Recordings. Seule la voix magnifiquement éraillée du countryman demeure, trônant majestueusement comme un roc de granit érodé par sept décennies de tempêtes de sable et de pluies de larmes. Les reprises, omniprésentes, piochent dans un répertoire country/folk nettement moins aventureux qu'auparavant, réunissant un casting 100% americana dont les plus connus sont encore Sheryl Crow et Kris Kristofferson, son vieux complice avec lequel il a sévi dans les années 80 au sein du supergroupe country Highwaymen aux côtés de Waylon Jennings et Willie Nelson. L'unique chanson originale présente sur le disque, "I Corinthians 15:55", est quant à elle un gospel cryptique enrobé de piano et de cordes où s'entrechoquent – sans surprise – la mort et de la rédemption (deux de ses thèmes favoris). Et comme pour offrir à ses obsèques un ton léger et ensoleillé, la dernière chanson jamais chantée par l'Homme en Noir sera "Aloha Oe", une surprenante mélopée hawaïenne, délicieusement enjôleuse, comme une main rassurante sur l'épaule qui semble vous dire "maintenant je pars, mais allez, ce n'est pas si grave".

Michael Rochette

Michael Rochette


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 Artiste
 Johnny Cash


 Chronique(s) Date publication
 Johnny Cash : American VI - Ain't No Grave 19/02/2010


 News Date publication
 Johnny Cash, même pas mort ! 24/10/2006



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