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Kanye West : Graduation
Il y en a encore qui se demandent pourquoi Kanye West a vendu plus que 50 Cent en sortant son opus "Graduation en même temps que le MC gangster ! C’est qu’ils n’ont pas bien écouté ce dernier opus qui frise le pur génie, contrairement au très attendu alors que si peu original Curtis.
Kanye West avait déjà changé la face du hip-hop en démontrant toute la richesse de son rap de producteur-rappeur avec "The College Dropout" en 2004 mais, surtout, la petite bombe pleine de tubes "Late Registration" en 2005. Alors, oui, c’est vrai, le MC de Chicago a un peu pris la grosse tête en quatre ans. Il s’est même permis de hurler le prix de son dernier clip, montant en furie sur la scène des MTV Europe Awards alors les petits français de Justice lui ravissaient le prix de Best Vidéo. Oui, Kanye West se prend quelque peu pour le dieu incontesté du hip-hop.
Et alors ? Son inépuisable besoin de perfection le pousse à travailler toujours plus ses morceaux, à aller chercher des samples là où personne n’a jamais cherché et sa musique est mille foi plus riche que celles de ses collègues actuels.
Sur "Good Morning", le premier titre, on surfe en douceur sur un sample d’'Elton John. Champion, titre ultra-égocentrique, démontre que son passé de producteur le pousse toujours à explorer d’autres contrés musicales, comme ici l’éléctro pointue. Stronger, en reprenant "Harder, Better, Faster, Stronger" des français Daft Punk en lui rajoutant une puissance impressionnante, le fait entrer dans la cour des rares artistes qui savent faire un tube avec un autre tube. Suit le duo très complémentaire avec T. Pain sur "Good Life", morceau joyeux, très funk sur un sample de "Pretty Young Thing" de Michael Jackson. Les featurings, comme les samples, sont prestigieux et assez complètent assez bien le style plutôt classique de Kanye : Chris Martin (de Cold Play) sur "Can't Tell Me Nothing" et "Homecoming", Barry Bonds en duo avec Lil Wayne, Mos Def sur "Drunk N Hot Girls" et "Flashing Lights" avec Dwele. Avec, chaque fois, cette impression de vent frais d’un morceau toujours différent, nous faisant entrer à chaque fois dans un univers original, sans jamais se répéter.
Certains de ses détracteurs diront qu’il est passé du côté du grand public, du formatage radio et le public hip-hop le plus exigeant lui reprochera quelques volontés commerciales trop évidentes. Mais certaines de ses prises de risque sont vraiment géniales, à l’image de Homecomin, morceau qui supporte très bien le piano et le refrain très pop de Chris Martin. Certes, Graduation n’a pas l’étoffe d’un classique du genre, contrairement au magnifique Late Registration. Mais si Kanye West faisait déjà partie des super-producteurs, le voilà devenu, définitivement, un rappeur hors pair.
Adeline Lajoinie
Lajoinie Adeline
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