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Korn : III Remember Who You Are ( Roadrunner )
Avec “III Remember Who You Are”, Korn remet les compteurs à zéro et espère bien faire oublier ses quatre échecs précédents. Le disque de la dernière chance ?
À la fin des années 90, la bande à Jonathan Davis avait l’envergure suffisante pour devenir une sorte de supergroupe metal, fédérant toutes les scènes à la manière de Metallica (et écoulant plus de 35 millions d’albums). Tout comme le quatuor de la Bay Area à son époque, Korn avait amené une nouvelle palette sonore, contribuant à créer ce qu’on a appelé le nu-metal. Au-delà de ses albums, le groupe fut également porté par une réputation sulfureuse, qu’il s’agisse de l’attitude souvent morbide de Jon ou encore du défilé permanent de groupies en backstage. Mais après quatre albums impeccables, le gang de Bakersfield s’est perdu dans d’étranges expérimentations, s’encastrant violemment dans le décor au moment de négocier le virage des années 2000. Le départ du guitariste Head (qui a trouvé Jésus après des années de débauche) et du batteur David Silveria allait définitivement enterrer le cadavre de Korn, déjà en état de décomposition avancée.
Conscient des critiques qui le torpillent depuis une décennie, le groupe tente aujourd’hui un retour aux sources et reprend les choses là où il les avait laissées après “Life Is Peachy”. Faire figurer le chiffre romain « III » dans le titre de l’album est un acte évocateur d’une envie de remonter sur le trône, reconquérir ce public qui lui était acquis au milieu des années 90. En l’intitulant “III Remember Who You Are”, Jonathan Davis se donne les moyens de ses ambitions et revient dans le giron de Ross Robinson. Un retour symbolique qui scelle cette envie de retrouver le son des débuts, puissant, groovy et crasseux. La collaboration a amené le producteur phare du nu-metal à opter pour un enregistrement analogique au profit de la froideur inhumaine d’un ProTools. Les aficionados des deux premiers opus se réjouiront du grand retour de Fieldy qui fait claquer ses cordes de basse avec une hargne longtemps sous-mixée. Si la rythmique de Ray Luzier est à la hauteur de celle de Silveria, on ne peut malheureusement pas dire la même chose des guitares. Les riffs sont d’une efficacité redoutable, mais on ne retrouve pas l’effet « mur du son » qui nous avait latté la face à l’époque de “Life Is Peachy”.
En voyant la pochette du disque, il est difficile d’occulter celle du premier album. La petite fille aurait-elle survécu à l’ombre du prédateur ? L’homme dans la voiture est-il celui qui la menaçait avec une paire de tenailles ? Un artwork qui trouvera un écho favorable dans le subconscient des fans et qui évoque clairement un retour aux lyrics ténébreuses des débuts. Un beau tour de passe-passe de la part de Jonathan Davis, dieu vivant du marketing. Car le frontmant a beau y mettre l’intention, on ne retrouve que trop rarement la noirceur et la perversion des titres originels, à peine avons-nous droit à quelques gimmicks aux allures de parodie. Il faut dire que le jeune homme dérangé qui écrivait ses textes pendant son travail de veilleur de nuit à la morgue a laissé la place à une riche rockstar. Comme souvent lorsque les artistes regardent dans le rétroviseur, le résultat manque cruellement de sincérité. “III Remember Who You Are” aurait effectivement pu s’imposer à la fin des années 90, mais son approche passéiste du son place Korn loin derrière les nouvelles formations metal. Seul Deftones semble encore réussir à s’accrocher… mais pendant combien de temps ?
Mark Renton
Mark Renton
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