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Lady Gaga : Born This Way
Après avoir changé à jamais le visage de la planète pop en seulement un album et demi, Gaga se chope un coup de flemme…
Elle l'aura fait. En l'espace deux ans, Stefani Germanotta aura déchaîné les passions comme jamais depuis l'avènement du Big Three (Michael Jackson, Madonna et Prince) durant la décennie 80. La performance est d'autant plus belle qu'en cette ère digitale qui a fait voler en éclats les hégémonies passées de la presse, de la radio et de la télé, Gaga a imposé un nouveau modèle d'idolâtrie multimédia, prouvant que l'omniprésence était encore le seul remède contre le zapping compulsif propre à la génération Internet. Plus fort encore : en étirant son avatar de pop-star absolue aux limites de la monstruosité, la chanteuse aura surclassé tous ses modèles, certaines d'entre elles transformées en piteuses suiveuses désespérées de frôler la magie Gaga alors qu'elles faisaient encore il y a peu la course en tête (Britney, anyone ?). Hélas, le coup de génie originel appelle aujourd'hui une surenchère que Born This Way peine à délivrer. Longevity is a bitch, baby! Il aura donc fallu moins de deux albums à Lady Gaga pour tomber dans l'auto-parodie. Sans même écouter le disque, un rapide coup d'œil aux titres trahit déjà ses intentions de provoc' Panzer sur fond récup' chrétienne cheap (Madonna, anyone ?) : "Judas", "Bloody Mary", "Black Jesus – Amen Fashion", "Electric Chapel"… Hélas (encore), une fois appuyé sur "play" on est très loin de "Like a Prayer". À vrai dire, on est même loin de tubes de la trempe de "Poker Face", "Bad Romance" ou "Alejandro" ; "Born This Way" s'élevant difficilement au niveau d'un poids moyen comme "Just Dance", "Judas" sombrant carrément dans le plagiat mal maquillé de "Bad Romance". Et il s'agit ici des deux premiers singles de l'album. Il serait d'ailleurs bien présomptueux d'essayer de deviner quel troisième extrait surnagera au-dessus de la masse de morceaux génériques qui remplissent les trous entre les numéros 1 et numéro 17 (de toute façon, qu'importe : quel qu'il soit, son succès sera assuré par un clip avant-gardiste à l'audace mesurée et/ou une grosse rotation radio à faire passer les Black Eyed Peas pour un rebus de C-list de Nova). Et cette pochette… Mais à quoi ils pensaient à la Haus of Gaga ?!? Born This Way, c'est la terre brûlée façon Gaga : le CD a encore deux ans devant lui, battons le fer tant qu'il n'est pas encore trop froid. Hélas (trois fois hélas, donc), dans sa hâte la chanteuse en a oublié de faire des bonnes chansons. Au final, il y a plus de talent et d'intelligence concentrés dans les huit titres de The Fame Monster que dans la pelletée de Born This Way (dix-sept rien que dans la version standard !). Et si la vraie révolution – manquée, du coup – pour Gaga ç'aurait justement été de faire éclater le format album et ne plus sortir régulièrement que de très bons singles ?
Michael Rochette
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