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Lenny Kravitz: Black and White America
Militant, old-school et plus funky que jamais, Lenny Kravitz fait un bond dans le passé pour lever le poing avec les Afro-Américains des seventies. Et révolutionne son style en douceur.
Cela faisait trois ans qu’on attendait ce neuvième album du si sexy Lenny. Repoussé de prés d’une année, Black and White America est presque un album concept. Les seize titres tournent presque tous autour des risques du communautarisme et du refus de l’étranger. Pour la petite histoire, l’artiste aurait été inspiré par un documentaire mettant en avant le racisme latent de son pays qui, malgré un Barack Obama à la présidence, reviendrait bien, pour une partie, au temps des bonnes années cinquante où les couleurs de peau n’étaient jamais mélangées. Issu d’un couple interracial, le métis et fier de l’être fait le grand écart entre son enfance insouciante (cf. la photo de la pochette, touchante) et l’époque actuelle, faussement ouverte sur l’autre. Voici donc pour les textes, où il évoque Martin Luther King, comme sur Black and White America, les combats quotidiens (The Faith of A Child) ou la force des rêves (Dreams). Si le message peut paraître parfois très peace and love, cela semble totalement assumé. Et c’est avec le sourire et une foi parfois mise à mal en l’être humain que Lenny Kravitz révolutionne sa musique. L’on sent ici de forts empreints aux beats des années soixante soixante-dix dans le groove et la funk attitude. Enregistré entre Paris et les Bahamas, Black and White America est certainement son album le plus bigarré et chaleureux. On entend bien tous les cuivres de la Motown sur les vintages Liquid Jesus - terriblement sensuel, Superlove, assez planant et le tout doux Looking Back On Love. Côté slow, on apprécie également le très Kravitz Dream. Mais l’homme n’a pas, pour autant, quitté sa guitare ni son rock. Dès le second morceau, le vibrant Come on Get It, il fait crisser ses cordes sur une base de groove imparable, qui n’a rien à envier à quelques morceaux de George Clinton. Juste après, In The Black, avec ses synthés très nineties et ses riffs de guitare, pourrait bien s’imposer comme un joyeux tube. Le premier extrait, Stand, clairement flower power, est doucement positif et très galvanisant. L’artiste a également pris quelques risques, plus modernes. Sur l’étonnant Boongie Drop, il a fait appel à DJ Military et à Jay-Z pour impulser du rap dur à un morceau inclassable. De prime abord, on est assez perplexe, mais le morceau s’avère être un risque payant, car assez original, entre hip-hop et dance-hall. Autre invité, Drake pose son flow chanté-rappé sur le super easy listening Sunflower que l’on écoute les yeux fermés, rêvant à un cocktail multicolore sous les cocotiers. Léger tout en se voulant politisé, le nouveau Kravitz est des plus agréables.
Adeline Lajoinie
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